:// Hephaïstos
Guerilla Artist

Comment appréhendes-tu ton travail? Est-il toléré?
C'est une situation. II y a un lieu. II y a une surface et c'est un espace public. Les flics me laissent faire ce que je fais dans la mesure où ça a le goût et l'apparence du légal mais la réalité fait que je parasite. C'est une situation en marge du graffiti.

Tu fais du détournement publicitaire.
En fait, le détournement ne convient pas tout à fait à ce que je fais. Le détournement a luimême été récupéré par la pub il y a cinq ans au moins. Le message propagandiste capitaliste publicitaire. On ne combat pas un ours avec du miel. Aujourd'hui, détourner une pub, ça peut fonctionner mais c'est un jeu où on est perdant d'avance si on le systématise. On m'a déjà présenté comme un guérillero artiste.

C'est une activité illégale puisque l'annonceur qui paye se retrouve avec un espace publicitaire qui ne touche plus son but, qui est complètement obsolète...
C'est justement un procédé qui relève plus du brouillage que du détournement et, même si je travaille avec un cutter, vu l'actualité, je préfère parler de parasitage ou de brouillage publicitaire.

Tu parlais tout à l'heure de "guerilla artistique". Tu revendiques cette étiquette?
C'est une étiquette qu'on m'a collé et comme les étiquettes ou les slogans, plus il y en a, mieux c'est.

Vois-tu dans ton travail une dimension subversive?
La subversion, c'est de la confiture. Moins t'en fais, plus tu t'étales. On est subversif quand on est chanteur sous un régime totalitaire. En France, dire qu'on est subversif, c'est un loisir.

La subversion, elle n'a pas que droit de cité dans les dictatures, elle est immanente au graffiti, à certaines musiques... Pourquoi tu t'attaques à telles affiches et quel sens revêt ton travail?
II y a toujours un sens mais je préfère aller du côté de l'absurde et du surréalisme plutôt que d'aller vers le côté rétro dans le jeu de la pub. Je suis un caméléon en fonction des pubs. Je pars d'une icône et à partir d'un cutter, je dégrade.

Pourquoi avoir fait le choix de la rue? Et revendiques-tu dans ton travail une dimension artistique?
On a tendance à croire que l'art s'inscrit dans des lieux fermés, des galeries, des revues alors que la rue, c'est le non-lieu. On veut mettre l'art dans des cadres. Mon travail se situe dans un cadre mais ce cadre, c'est la rue.

Tu travailles exclusivement entre les stations de métro Parmentier et Ménilmontant. Est-ce délibéré de travailler localement?
Justement, il y a un slogan répété à Gênes qui me plaît bien, "Penser Global, Agir Local ". Hier, je parcourais un bouquin sur Keith Haring. Quand tu reproduis une marque, un logo, un tagg, tu cherches la pub. C'est être vu du plus grand nombre qui importe. Sur le rapport du temps passé et de la visibilité, le taggeur est le plus productif. Moi, c'est l'inverse, je suis à l'autre extrémité. Le temps qui je passe est énorme et la visibilité réduite à un point mais l'intensité en fréquence est maximum. C'est pour ça que je m'appelle Hephaïstos. II était enfermé dans un lieu. II était banni. II avait monté une forge et il faisait un travail abouti. J'ai un matos encombrant, j'ai une échelle, une caisse à outils avec des cutters. Je dois faire tremper les échantillons d'affiches avant de les coller avec minutie. C'est un atelier à ciel ouvert.

Quelle importance revêt l'échange avec les gens?
Ça rejoint un peu la performance, le théàtre de rue. J'intègre le côté social dans la situation. On se met en bordure du travail traditionnel d'un graffiti artist qui doit exécuter vite et se cacher.

Tu revendiques aussi un travail collectif auquel tu associes aussi des graffeurs comme Nomad ou Atlas...
Pour apprendre et faire partager la technique. Ça m'enrichit de côtoyer des gens qui savent tenir une bombe.

   

Quel est le regard du graffiti sur ton travail?
Heureusement le monde du graffiti n'est pas une hydre unanime. Le plus simple se serait de leur demander mais ce qui est intéressant, c'est de retrouver certains gestes, le travail sur la calligraphie. Les personnes avec qui j'ai collaboré ne s'intéressent pas qu'à la bombe. On échange des techniques. Je suis parti d'un travail géométrique qui, au contact des graffeurs, est devenu plus ample, plus analogique. Et ça... bien des gestes pratiqués avec une bombe ou un pinceau. En plus, le cutter plus la bombe avaient avant cela donné naissance au pochoir. C'est un espèce de laboratoire à ciel ouvert où se rencontrent la bombe, le pochoir, le cutter, le collage, le graffiti au poska. Derrière cela il y a une technique indéniable, après c'est aux gens de juger de la valeur esthétique.

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Real 6 - Novembre 01

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