:// Schwartz clip review
par Thomas Schmitt

Nébuleuse / Disiz la Peste
feat. Humphrey
Réalisation : Xavier de Nauw
LN Productions / Barclay

Si l’on a pu lire que les clips sont "les résumés des films qu’ils ne sauraient pas être" (Serge Daney), il faut bien reconnaître que depuis l’avènement généralisé au cinéma de la "dramaturgie de bande-annonce" (Olivier Assayas) la relation incestueuse qu’entretient la petite forme avec le grand écran a donné naissance à des objets autrement plus complexes à définir. Après I’m Glad (cf. Repérages #40), Nébuleuse de Xavier de Nauw, magnifique re-création du Roméo+Juliette de Baz Luhrmann prouve l’existence d’un point d’équilibre esthétique pertinent par delà l’hommage, la référence, le clin d’œil. Direction artistique exemplaire.

Forever More / Moloko
Réalisation : Paul Gore
Flynn Productions / Roadrunner records

Apres le très réussi You can’t go home again pour DJ Shadow (mise en boucle spatiale de divers micro-évènements en analogie avec la structure samplée du morceau) Paul Gore revient avec une vidéo plus simple, moins "virtuose", mais tout aussi ample et fluide. Dans un tunnel, travelling arrière sur la chanteuse que l’on peut croire enceinte, qui en tout cas enfante (le trucage est subtil) tout un peuple de danseurs et de danseuses qu’elle entraîne par sa lente démarche nonchalante et chaloupé. La chorégraphie (plus qu’une simple danse, on peut parler ici d’expression corporelle) est admirablement mise en scène à la limite du formalisme (piège évité du plan séquence).

God Put A Smile Upon Your Face / Coldplay
Réalisation : Jamie Thraves
Oil Factory Films / EMI

Lentement mais sûrement, Jamie Thraves (cf. Repérages #37) est en passe de s’imposer comme le meilleur réalisateur-narrateur anglais. Dans ce court-métrage musical lardé de très sobres apparitions du groupe, le metteur en scène, brillant directeur d’acteur, parviens à nous raconter une histoire, celle d’un homme qui se dématérialise, sans pour autant enfermer, verrouiller la portée de son allégorie. L’interprétation de la symbolique de la disparition décrite est donc laissée ici, et c’est assez rare pour le souligner, à l’appréciation du spectateur. Remarquable maîtrise du rythme de montage et des points de synchronisme.

Sexual / DSL
Réalisation : Julien Trousselier et Charles Keramoal
Cosa/ Records Makers / Virgin

Le technique novatrice utilisée dans ce clip tient en deux étapes. Au tournage, la camera, au lieu de filmer directement le sujet, capte son reflet déformée par un miroir conique, la pointe du cône étant dirigée vers l’objectif. L’image ainsi obtenue, une anamorphose centrale, a la forme d’un disque troué, c’est pourquoi on la surnomme "donut” en référence aux beignets toriques américains. Lors de la post-production, sur ordinateur, on dé-anamorphose ces donuts pour obtenir virtuellement un ruban-boucle d’image semblable à la pochette en cinq rabats du Paul’s Boutique des Beastie Boys. On obtient ainsi une véritable vision panoramique. Bonne réalisation. Morphing-Gag d’une vulgarité irrésistible.

Hot In Herre / Tiga
Réalisation: Alex Moulton & Thomas Sontag
!K7 records

Parfois, un clip fait de l’autodérision. Volontairement. Intégralement interprété par des marionnettes inexpressives mais sachant fichtrement bien bouger, Hot In Herre génère, et on est bien incapable d’expliquer exactement pourquoi, un bizarre sentiment de malaise. Dans ce spectacle, un je ne sais quoi dérange. Voir ainsi un objet sans vie se faire si bien passer pour vivant effraie. C’est que pour le coup (grâce sans doute au soin extrême apporté aux décors, à la lumière, au cadrage, au montage) le cerveau a du mal à faire la différence entre les modèles (Justin Timberlake, Nelly, 50 cents) et leurs parodies-Pinocchio.

What’s Your Name / Morcheeba
Réalisation : Julian Gibbs
East West Records / Warner

Objet stylistique non dénué d’intérêt, le dernier Morcheeba semble une synthèse esthétique des courants majoritaires du graphisme contemporain. L’influence prépondérante dans ce domaine de la technique Flash, abondamment utilisée sur le net, s’en trouve confirmée ainsi que celle de jeux vidéo comme GTA III. Ce qui est en revanche curieux, c’est cette habitude un peu déroutante que paraissent avoir pris les membres du groupe à faire de la figuration dans leurs clips. Il faut dire que le charisme de la chanteuse est écrasant. Comment vont-ils s’en sortir la prochaine fois ?

Thomas Schmitt

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