:// Schwartz clip review
par Thomas Schmitt

mOBSCENE / Marilyn Manson
Réalisation : Marilyn Manson / Thomas Kloss
Nothing/ Interscope / Universal / Polydor

Quelques minutes d’interview dans Bowling for Columbine de Michael Moore auront suffit à convaincre : Marilyn Manson est un garçon intelligent. Surtout, ses choix en matière de mauvais goût sont dignes d’un grand couturier. Fini le temps où, pour se faire remarquer, il chevauchait nu un énorme cochon (Sweet Dreams, 1996). Le voilà maintenant en nazi façon Thierry Mugler, plus proche dorénavant de Bowie, le cheveux moins long. Esthétiquement renversant (ça c’est du stylisme !) mais filmiquement indigent (niveau zéro du clip) mOBSCENE ne fait pas oublier l’apparition de MM dans Lost Highway (David Lynch,199 ?)

Madan / Martin Solveig vs Salif Keita
Réalisation: Sophie Le Gendre
La Base Films / ULM / Universal

On peut applaudir des deux mains Sophie Le Gendre. Pas tant parce qu’elle a réussi à raconter une histoire dont les personnages sont des doigts que parce qu’elle à su réserver ce concept à un morceau qui s’y prête particulièrement. Exploitée dans un autre contexte, l’idée serait sûrement restée anecdotique. On n’y aurait vu qu’un pauvre clip fauché. Mais dans le cas de Madan, tout un réseau de raisons participe de la densité du résultat. Il y a, pour une fois, une véritable cohérence entre l’économie des moyens utilisés et ce qui est dit/décrit par les images.

Family Portrait / Pink
Réalisation : Sophie Muller
Oil Factory/ BMG

La chanteuse est là, face caméra, on entend sa voix, mais ses lèvres ne bougent pas. Juste à côté d’elle, son double (mêmes vêtements, mêmes accessoires) en petite fille triste assure le play-back. La fillette cabotine, en fait des tonnes, en rajoute dans le karaoké larmoyant. Et on en redemande. Il est si rare de voir un vrai clip-mélo réussit. Or, on le sait, Sophie Muller est une experte. Véritable peintre visagiste, ce qu’elle est parvenu à obtenir de la part de la chanteuse des No Doubt (Don’t speakt, 1996), ou de Bjork (Venus as a boy, 1993) est inégalable dans l’art de la mimique frisant la grimace.

There There / Radiohead
Réalisation : Chris Hopewell and The Bolex Brothers
Collision Films/ EMI / Delabel

"Nous étions des hommes et nous voici des arbres." Cette citation tirée de la Divine Comédie résume assez bien l’argument du dernier clip de Radiohead ou Thom Yorke, parce qu’il perd ses bottes de sept lieux, prend littéralement racines dans la forêt des songes où les rongeurs, les lapins et les hérissons festoient quand les chats se marient. Un peu lente, la vidéo d’animation en pris de vue réelle vaut surtout pour la performance du chanteur. Losque que les yeux révulsés, il montre les dents, on regrette que sa poupée ne soit pas en vente pour faire peur aux enfants.

Enfin on plait aux filles / Cédric Atlan
Réalisation : Julien Trousselier
COSA / Sony-Columbia

Héros malgré lui, Cédric Atlan sauve le monde de quatorze périls à la fois. Une invasion extraterrestre, des robots, Godzilla, le beau gosse a fort à faire, surtout que dans le même temps il se doit de séduire une Japonaise et une Sélénite. Plongé dans l’univers de la série Z nippone, le chanteur devient une exotique icône culte, une parodie de séducteur, une caricature de french lover. Produit d’exportation ? Qui sait ? Avec sa chemise ouverte, son joli collier au ras du cou, sa petite mèche, son clip kitch et gai, Cédric pourrait bien séduire un autre public que celui auquel il semblait destiné.

Gay Bar / Electric 6
XL / Beggars / Naïve

Un hymne homo parmi d’autres, une petite chanson inepte avec un clip rigolo mettant en scène un Abraham Lincoln démultiplié, lascif, suggestif, qui s’amuse avec son gros poivrier, voilà ce que l’on pouvait penser de Gay Bar. Mais en y écoutant mieux., quelque chose cloche. Pourquoi ce bruit de fouet qui claque ? Serait-ce un "Fuck", un "Suck" que l’on aurait censuré ? Pas du tout. Ce qui a été supprimé lors de la diffusion sur MTV, c’est l’allusion à la guerre (nucléaire qui plus est). Dans la bouche d’un président des Etats-Unis, républicain et assassiné "Let’s start a war. Let’s start a nuclear war." Ca ne pouvait pas passer...

Thomas Schmitt  

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