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Schwartz
clip review
par
Thomas Schmitt
Untitled #1
/ Sigur Ros
Réalisation : Floria Sigimondi
The Revolver Film Company / Pias
Une main ferme saisie le visage d’une filette, tire l’oreille
d’un garconnet. Sans aucune douceur, le maitre d’école
examine les gamins avant qu’ils ne sortent jouer. Dehors,
dans la cour de recréation, les enfants courent s’amuser
sous la pluie radioactive. Après l’apocalypse, la vie
continue malgré les cendres noires. Sans égaler la maîtrise
absolue de Vidrar Vel Til Loftara (Stefan Arnie et Siggie
Kinski, 2002) le beau clip de Floria Sigimondi (
auteure pour Shivaree de John 2 :14 cf Repérages
#33) s’inscrit de manière cohérente dans la construction
de l’imagerie des Sigur Ros. Hélas, cette petite fiction
est livrée en kit et le mode d’emploi n’est pas traduit.
Hurt / Johnny Cash
Réalisation : Mark Romanek
Anonymous Content / Universal Music
Scream pour Janet & Michael Jackson, Closer pour
Nine Inch Nails, Are You Gonna Go My Way pour Lenny
Kravitz, Jump They Say pour David Bowie. On savait le
réalisateur de Photo Obsession (One Hour Photo, 2002)
talentueux. Si le convenu Hella Good (No Doubt, avril
2002) pouvait laissait craindre que le clippeur ne se mette
dorénavant à faire du Romanek, son dernier opus pour
Johnny Cash inverse radicalement la tendance. Portrait de l’artiste
en vieillard, mélangeant archives et moments
documentaires, Hurt, est sans conteste un point d’orgue
dans la carrière du metteur en scène de Devil’s Haircut
(Beck, octobre 1996).
C’que t’es belle
/ Alexis HK
Réalisation :Camille Bovier Lapierre
Musiques Hybrides
Parfait exemple de prestidigitation, le magnifique clip en
images de synthèse de Camille Bovier Lapierre remporte son
pari haut la main. En détournant notre attention des paroles
d’Alexis HK pour mieux nous en restituer la poésie, le
procédé de substitution suscite l’enthousiasme. Par un
tour de passe-passe audiovisuel d’une grande maestria, la
rengaine égrillarde devient allégorie urbaniste. Magie sans
doute de la (science) fiction: C’que t’es belle,
qui aurait pu rester un refrain de pochetron, se transforme,
sorcellerie du clip, en couplets sur les devenirs d’une
ville.
L’Amour
/ Rouge Rouge
Réalisation : Nicolas et Bruno
Les Télécréateurs / Wagram
Didacticiel et démonstratif, naïf jusqu'à l’obscénité,
le film institutionnel (entendez commandité par une
institution ou une entreprise dans le cadre d’une
exploitation interne) est l’objet de toutes les moqueries de
la part du clip, son petit cousin roublard. Messages à
caractères informatifs (pour reprendre le titre de la
séquence des Télécréateurs qui signait jadis la fin de NPA
sur Canal+) ils sont le comique par essence : du
mécanique plaqué sur du vivant (Bergson). On rit donc de bon
cœur à la vue de ce pseudo guide d’éducation sexuelle.
Désert / Emilie Simon
Réalisation :
Philippe André
Wanda productions / Barclay
Petite poupée de son, pommettes vermillon, regard
polisson, sur le lit elle repose, attendant que de grosses
mains calleuses viennent lui piquer la chaire qu’elle a
saumon. Mi-plante mi-pantin, Emilie Simon susurre et roucoule
parmi les coccinelles sous la lumière vacillante d’une
ampoule sous voltée. A la croisée des iconographies (On
pense à Bjork dans Human Behavior et plus récemment à
Shivaree) la chanteuse ose se fondre totalement avec son
personnage de communication au risque future de s’enfermer
dans la cage dorée qu’elle participe à forger.
De Pauvres Riches
/ TTC
Réalisation : Adress, Jerome Cabane, Alexandra
Compain-Tissier
Big Dada / Pias
En contrepoids de la diction dictatoriale débitée par TCC,
Alexandra Compain-Tissier ne s’est pas seulement bornée à
laisser éclater son talent manifeste de dessinatrice. En plus
de s’escrimer à illustrer les élucubrations du trio, la
pointe sèche du crayonné de l’artiste esquisse en
contrepoint du phrasé rigolo de Pauvres Riches les
prémisses d’une esthétique que l’on espère voir
progresser, aller plus loin. Sans faire oublier M.C. Escher ou
Norman Rockwell, le trait de Compain-Tissier renouvelle noir
sur blanc une forme, le dessiné, qui en avait bien
besoin.
Thomas Schmitt
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