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Sex,
Latex and Video Tapes (Freek!)
par Matthieu Schwartz
Dans une Métropolis Blade Runner, Los Angeles
ultra futuriste, cauchemardesque citée du vice, le roi Georges fait la police.
Dudge Dread sexy, le voilà qui fouette autour de lui des pécheresses
harnachées de câbles ombilicaux, aux abois, elles crient. C'est un cirque
érotique, un opéra maso, un zoo de tordues, une rave phallo.
Engoncé
dans sa combinaison biomécanique vermeille, merveille de la technologie maison,
au son métallique de la liaison optique, le fœtus astral s'éveille. Comme au
printemps des années d'il y a vingt ans ( les quatre-vingts s'entend) l'homme,
prince d'un temps décadent renaît pour cent ans. Répliquant, lame fugitive,
androïde rêvant de moutons électriques, le beau bébé s'avère un monstre de
foire, un freak, un trouble pour l'ordre public, une chimère.

Wham! Sacré Georges ! Il en garde toujours assez sous la pédale. A l'aise, il
crève le mur du son. Vitesse luminique, il déballe sa fantasmagorie, son bal
masqué, sa cabale. Comme un éternel revenant, il revient, lascif et lancinant,
avec sa mégalo, son brushing d'ado, son sac à dos crado. Comme un routard
moustachu, comme un motard barbu, il emballe avec ses histoires, ses anales, sa
vie sexuelle pas banale.

Tonton Georges exhibe ses atours. Il a plus
d'un tour dans son sac à malice. Il fait se pâmer les Carole, les Alice, qui
l'idolâtrent, lui, ce bellâtre d'albâtre, narcisse odyssée, éternel
pédagogue lycéen. Mais au fond de son dédale, l'architecte sensuel aussi
trimballe, dans ses malles internationales, une sacoche d'idées sombres, trois
quatre fantômes, quelques ombres de mauvais augures, une pierre tombale. Son
armure de gladiateur, son costume de homard, sa folie rococo, son culte du
plumard, tout cela inaugure un âge mur loin de l'initial Go go boy décoloré,
imberbe assumé, tap dancer confirmé qu'il fallait réveiller tôt le matin
avant de s'en aller.

Vouloir percevoir le vieillissement d'une étoile à travers le télescope
cathodique est illusoire. C'est fatidique, toutes les étoiles finissent par
s'effondrer un soir. Mais, même mortes toujours elles rayonnent dans le
cosmique. Pour voir l'emprise du temps sur ces monstres magiques, impossible de
se fier aux clips, ces miroirs ne sont pas véridiques. Pourtant dans le noir,
un espoir luit encore, unique : Georges Michael tout seul milite.

Grand prêtre de la débauche organisé, ordinateur de parties raffinées, cet
esthète poilu possède un supplément d'âme dont les dames sont férues. Car
il a su les faire défiler, maître chanteur, il les aime juste assez pour ne
pas les froisser. Alors, elles savent lui pardonner ses extravagances à ce fol
achéen dévergondé. Malgré ses efforts appuyés pour mimer la virilité
jamais il ne parvient à singer la vulgarité. Il se dandine, sa cravache fend
l'air pourtant aucune blessure n'est à déplorer. C'était pour rire, c'était
pas pour de vrai, je n'y pensais même pas, on aurait dit qu'on jouait.

Mais alors le latex, le cyber, les pratiques alternatives, les bondages, les
jeux fripons, les fantasmes nippons pourquoi? Si ce n'est pour éviter le
pire, l'horreur, l'agonie cadavérique, la contamination, rejoindre les rangs
funèbres de la nation condamnée, le cortège en voie d'extinction. Car il est
toujours là l'autre pointu, dans le rétroviseur, le rétrovirus toujours fait
fureur, le big brother jamais clairement nommé, le désastre de ces années.
Aujourd'hui que vingt ans ont passé, clair et net, il apparaît, plus grand que
nature et encore effraie. Le Sida, toujours décidé à s'immiscer là où l'on
voudrait l'oublier. Alors, plutôt que d'éteindre la flamme Queen de feu Freddy
Mercury, au lieu d'oublier, de faire comme si tout cela n'était jamais arrivé,
Georges Michael hisse plus haut la flamboyance gay.

Il chante contre Tanatos, résiste, continue de s'amuser, défie la virulence de
l'immunodéficience, crie son désir mais, prudent, enfile sa combinaison, garde
raison, ne s'expose pas aux imprudences, garde à distance les moiteurs backroom.
Au bare back en boîte préfère les watt du play back.
Georges Michael est un obsédé raisonnable, un gentil diable.

Blotti dans son habitacle, son cocon, sa chrysalide réceptacle, symbole d'une
résignation, Georges est un exemple, pas une exception. Sa sexualité
plastifiée, sa libido caoutchoutée, sa frénésie frustrée, il la partage
avec toute une génération archivée HIV, Safe sex labellisée. Un peuple de
déviants presque prudes d'être prudents. Une nation apeurée par la
perspective d'une mort prématurée.
MATTHIEU SCHWARTZ
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