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Schwartz
clip review
par Matthieu Schwartz,
Thomas Schmitt et William Perec
knive out /
radiohead
Après Bachelorette (cf. Repérages # 14),
on
aurait pu penser que Michel Gondry en avait définitivement fini avec la
"petite forme". Passé depuis au long métrage il revient avec un
grand clip malade pour Radiohead, sorte de première ébauche à son prochain
film (cf. Repérages # 22).
Le marteau, le couteau, le coeur, le diamant.
La dame de trèfle rouge, l'amant sur le carreau, dans le train, à la
télévision, se regardent, se disputent, se réconcilient. Mauvais rêve
fébrile, vision d'enfance du clip (on pense à Dont Come Around Here
No More de Tom Petty), les images - symboliques ou allégoriques, on ne sait
plus -, dans la clinique du professeur Gondry, se heurtent, se poussent du
coude, se bousculent. Kafka est là, bien sûr, puisque ici tous se pressent,
s'agitent (on reconnaît même un personnage de Spike Jonze) pour sauver ce qui
peut l'être. Et le petit os du Dr Maboul', c'est la clef, grosse comme une
poêle à frire de Georges Méliès.
Le marteau, le couteau, le coeur, le diamant...
et Emma de Caunes jouant "une autre Björk" dans le cauchemar
éveillé de Thom Yorke, inventaire à la Perec de milles choses, objets,
organes, vestiges (Army of Me, mais aussi Dancerin the Dark...) Les
ruines dévastées d'une histoire d'amour qui
n'en finit pas de s'achever. En un seul
plan-séquence, comme une très longue phrase absconse, ample, ampoulée qui
amplifierait la logique de l'analogie jusqu'à l'absurdité absolue de l'absence
de sens apparent. Knives Out n'est pas un songe mais son interprétation
au bistrot, sur le divan. C'est le dur (ceci n'est pas un diamant) travail (ceci
n'est pas un marteau) acharné (ceci n'est pas un couteau), au coeur d'une
cartomancie de l'inconscient d'un homme qui lentement, pas à pas, signe par
signe, s'exerce à contrôler ses rêves. Synopsis d'un film-avenir ? Being
Michel Gondry. M.S.
i walk the earth /
king biscuit time
Réalisateur mystère...
EMI
Dépouillé presque jusqu'à
l'indigence, ce clip d'animation filiforme repousse les frontières du
minimalisme. Petits vélos, tracteurs et charrettes, planches à roulettes
gribouillées en 2D puis "explorées"en 3D, effets de rythmes, de
synchronisme, simulations vertigineuses du néant total (la page blanche) et, à
la fin, une moissonneuse-batteuse. Mais hélas, pas de ligne générale... ni
de fil conducteur. M.S.
souljacker - part 1
/
eels
Réalisé par Wim Wenders
Universal Music Polydor
Le morceau des Eels n'est pas
sans qualités et la prestation du chanteur barbu, encagoulé et affublé de
grosses lunettes fumées, très honorable. Le clip correspondant démarre donc
assez bien. Avant que tout ne s'écroule comme un château de cartes, faute d'un
commencement de début d'implication artistique de la part de W.W... A se
demander si son but n'était pas seulement de rencontrer plein de jeunes
filles. M.S.
the fighting spirits
/
quincannon
Réalisé par Henri-Jean
Debon Le Village
Un matin comme les autres pour
la famille fantôme. Une journée de plus au pays des spectres. Scènes de la
vie quotidienne des esprits frappés : les revenants hurlent, dans un latin de
cuisine, un chant qui donne la chair de poule. A la nuit tombée, à la table du
dîner dominical, les membres du clan font leurs prières... Loin des
explorations multi-narratives qu'il avait développées dans Un jour en
France de Noir Désir, Henri-Jean Debon (auteur également de Te revoir d'Eiffel,
cf. Repérages # 20) réalise pour Quincannon un petit conte effrayant à
décrypter. Dans ce clip, pas du tout énigmatique si l'on s'en réfère au
titre du morceau (il s'agit bien d'une histoire d'esprits qui s'affrontent), la
vie est d'une rare banalité. Le décalage de la scène de la douche, d'un
surréalisme ordinaire n'est pas sans rappeler l'univers néant de Quentin
Dupieux. Quant à la scène finale, où papa, maman et leurs rejetons drapés de
blancs s'avachissent devant un fantôme d'actualités Lumière, elle se prête
sans encombre à toutes les interprétations spectaculaires. Dans ce monde
d'apparitions, les individus, transformés en écrans morts-vivants vouent un
culte mortifère aux images ancestrales. En revanche, expliquer pourquoi cela se
passe le dimanche 17 décembre, jour de la Saint-Gaël, est un peu plus
difficile... M.S.
breathe /
télépopmusik
Réalisé par Jordan
Scott EMI
Au bord de la piscine, Satan
est une petite fille maquillée. Sur le lent tempo éthéré de Télépopmusik,
la mini Lolita mécanique empoisonne le rêveur somnolent sous le regard
approbateur d'une Circé de papier glacé. II y a aussi un corps masculin
construit (bodybuildé) qui s'immerge pour toujours et un papillon qui virevolte
avant de se laisser attraper. De longs cils oscillent, et sous les paupières,
des orbites s'agitent, percevant, en fausses couleurs d'éparses visions de
métro londonien, de champs de blé. Des enfants jouent au ballon, font du
hoolahoop, dérangent un peu le Lotophage qui s'écoute bronzer... Vous
reprendrez bien un cocktail ? W.P.
un regard, un sourire /
tom & joyce
Réalisé par Marie De Crécy
Le Village
Au fond de la piscine, Tom
rencontre Joyce. Un regard, il la chahute. Un sourire, elle le noie ; ou bien
non, pas du tout c'est un rêve... On ne le saura pas. Les gouttes de rousseur
sur le visage de la nageuse, l'air méchant de son homme de l'Atlantide, la
faïence turquoise, il n'en faut pas plus à Marie de Crécy (Le Patron est
devenu fou de Super Discount). Car mine de rien, c'est assez bien dirigé et
IL N'Y A PAS DE PLAY-BACK, alors ça se laisse regarder. Même si la musique,
elle, ne fait pas de vagues. T.S.
fear /
ion brown
Réalisé par Metropolis
Universal Music Polydor
Le chanteur fait du vélo en
marche arrière, il le fait sérieusement, c'est assez drôle. De temps en
temps, quelques paroles apparaissent à l'écran, c'est instructif. Même sans A
to Z (célèbre plan de Londres, ndlr) on reconnaît l'abc du concept
réutilisable à l'infini. Duel grand nom à bien pu réaliser ce joyau du clip
périple, sous genre du clip-parcours, de l'ordre des ballades, au sein de la
branche "pop anglaise" ? M.S.
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