:// Schwartz clip review
par Matthieu Schwartz et William Perec

radio #1 / air
Réalisé par Alex et Martin Midi-minuit production / Source & Virgin

Alors qu'un couple de robots ménagers, androïdes au teint vitreux, préparent 1 maladroitement un petit-déjeuner complet, une poignée de rebelles (le groupe Air et ses invités) diffusent à la radio un message subversif. Pour d'obscures raisons techniques, la transmission pirate détraque les automates. Et leurs têtes d'exploser, laissant apparaître une antenne en lieu et place de système nerveux central.

Radio #1 semble l'un de ces objets virtuels inventé par Ora-ïto. A partir de trademarks (Chris Cunningham pour les robots, Michel Gondry pour la bidouille, Blade Runner pour la mégalopole) a été conçue cette imagerie dénuée d'humour et de poésie qui colle bien avec le tempo déshumanisé du premier extrait de 10 000 Hz Legend. Le produit, conforme au cahier des charges, met en scène le phénomène physique de résonance comme allégorie de la post-modernité. De plus, il confère au groupe versaillais l'apparence révoltée et engagée qu'ils n'a jamais cessé d'incarner. On peut en revanche regretter que Radio Gaga et Video Killed the Radio Star, deux autres influences majeures, ne rejaillissent pas plus sur cette fulgurante parabole du fanatisme. Quant aux esprits chagrins qui s'offusqueraient de se voir représentés sous la forme de pantins décérébrés, valets électroniques au service de patrons hors-champ, ils ont le droit de le dire, de le clamer, de le crier, plutôt que de répéter ce qu'ils ont lu dans les journaux, vu à la TV et entendu à la radio. M.S.

la rue cause / karlito
Réalisé par Edouard Deluc Midi-minuit production / Virgin

Réalisé par Cédric Perrier Le Village / Chronowax Noir, Blanc, Gris, Rouge ombre, lumière, béton, sang. Quatre couleurs, quatre seulement. Varia tions acrobatiques, encodage systémique, visions, zonages, expérimentations autour du plus simple des Synoptiques. Plus loin, plus fort dans l'anonymat, Karlito explose dans un petit film hypnotique opportun, sympathique mais byzantin, subtil parce que baroque. VR 6 donc, hermétique, oui. Syncopé, synaptique, mélopée syntagmatique. Slam. Mic check: Yo!

II faut bien le dire, il y a là comme l'émergence alphabétique d'un style lettré, lettriste, strict et triste, hellénistique. Alpha. Bêta. Gamma. Double Delta. Tant de Sigma signalétiques perdent, mystifient, égarent, et là: panique. Problématique d'un hip hop systématique: la mise en image hallucinée, textuellement stroboscopique d'une prose emblématique épuise la vision scopique, annihile tout relief, aplanit jusqu'à la 2 D le propos et l'éthique des limites d'un genre : l'égo-trip.

Mais, la concision du genre clip, son atout, sa limite c'est cela : une bonne bande annonce sans le navet, légume apathique qui à l'habitude l'accompagne. Le goût de la fiction sans l'amertume de la narration. Des tics, des effets, du bluff, en convenir. Mais se divertir de la succession des formes, des figures, des pièces. Quelque chose comme 25 tags par secondes. Plus de limites. Approbation, adhésion, engouement automatique. 2001. Anecdotique ?  M.S.

tu dis mais ne sais pas / mickey 3 D
Réalisé par Edouard Deluc Midi-minuit production / Virgin

A deux stations du Mickeyland, au milieu des maisons X, des villas Y, des résidences W, s'avancent trois cavaliers d'une apocalypse de pacotille. Nonchalamment, calmement, le Bon binoclard, la Brute pour rire et le Truand de Carnaval terrorisent le voisinage d'une nonville qui veut se faire peur et croire au grand soir, à la fin d'un monde, au désastre. Militants western, patibulaires activistes, le trio prend d'assaut la supérette si proche, puis repart, sans coup férir, avec comme tout butin quelques sucreries d'orges dûment payées cash. Quel vrai plaisir de retrouver dans le second clip des Mickey 3 D une bonne partie du casting de La France à peur déjà réalisé par Deluc (cf. Repérages #17)! Comme dans une seconde farce, un peu plus grosse que la première, ici, il y a retour, et, en abyme, représentation

de la tournée estivale du groupe, du cycle des sorties d'albums, d'un non-plan de carrière affiché (en arrière-plan). Au-delà du management et du marketing, simplement, décrochage de pompon, extra bail, mini-jackpot : le droit à un autre tour de manège. Jubilation du scope (du cinéma-scope), la réalisation bien scénarisée joue la connivence, ose la jouer private-joke. Une histoire à suivre donc, dont on espère qu'elle se poursuivra sur le même ton, dans le même style, avec la même audace virginale. Mickey, Naja et Jojo, les Riri, Fifi et Loulou du clip français se méfiant gentiment de l'Oncle Picsou, on écoute leurs cris, flamboyantes crypto-critiques "No Logo" d'un univers aseptisé. W.P.

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