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Schwartz
clip review
par Matthieu Schwartz
starlight /
supermen lovers
Réalisé par Laurent at David Nicolas / Ninety
Nine
Bien à l'écart de la métropole, Rémy vit
encore chez ses parents. Engoncé dans son' gilet jacquard, il désespère de
percer dans le show-biz avec son pote, un rat en lunettes noires. Pendant que
ses vieux restent scotchés à une macabre; lucarne zapatiste (un squelette
chapeauté d'un sombrero) la jeunesse tente bel et bien de mener dans le
"réel la lutte intergalactique. Par-delà la stratosphère, la résistance
est à l'écoute et les aliens forcément
nipponisants débarquent. Mais le chanteur, trop gros, doit continuer seul le
combat alors que son acolyte goûte aux plaisirs extraterrestres. Tout cela dans
un style potato-stercoral, disco-gobelinaire technovisionnaire (judicieuse
idée de recréer en 3D des pseudo-marionnettes !), sur un registre de grand
Guignol misanthrope, cruel et vitriolé; à l'opposé (malgré certaines
assonances) de l'atmosphère onirique du souvenir d'enfance que Michel Gondry
revivait pour Stardust. C'est cauchemardesque et rigolo, un peu trash, pas trop
convenu, 100 % garanti touche française... C'est à suivre donc. En gardant à
l'esprit que les contes de fées ne sont pas des histoires innocentes.
o'mco'm /
sébastien tellier
Réalisé par Quentin Dupieux
Partizan Midi Minuit Le Horta... Traqué
dans une forêt théorique, poursuivi par son double ubiquiste (la critique),
Dupieux-Tellier, barbu, perdu, tenterait-il d'échapper au dogmatisme ? Sur un
improbable small board, (microplanchette à roulette), l'auteur avance,
péniblement, s'épuise à défricher les sentiers de la création pendant que
tranquillement, l'autre, le baladeur, se promène. Inévitablement, arrive la
confrontation, violente, hors cadre. Mais contre toute attente, après
l'ellipse, s'opère une synthèse entre les deux figures. Alors débute ce
dernier plan superbe, sur une plage, dans le soleil couchant Au ralenti se crée
un synchronisme impossible entre ce qui est vu et ce qui est entendu. Ce n'est
pas un clip, mais une bande originale visuelle.
les hommes c'est pas des mecs bien
/
grand popo football club
Réalisé par Mathilde Jouannet
Dans un chalet enneigé (suisse
?), lieu kitsch par excellence, une consommatrice goûte aux joies et aux
désagréments de la post-humanité. En contrepoint de l'énoncé des travers de
la virilité, une satire de la "jeune fille" modèle, jamais
satisfaite par le robot XY. Cocktail rodé de la mise en parallèle d'un
discours et de son reflet, le clip de Mathilde Jouannet pour le Grand Popo
Football Club contourne les limites d'un débat (le sexisme) critiquant mine de
rien l'imaginaire publicitaire. La poésie, c'est fini ? L'androïde, en se
détraquant, devient plus humain. Secoué par un hoquet, défiguré par un
rictus béat (signes d'un détraquement orgasmique ? Symptômes d'une prise de
substances prohibées ?), l'homme ne fonctionne plus. L'héroïne le jette à la
poubelle comme un vulgaire ordinateur obsolète. Un peu Edika (en plus chaste,
tout de même), un peu Blade Runner (mais dénué de sa dimension
existentialiste), un clip un poil disco-clinquant à rapprocher de All is Full ofLove
de Bjôrk (sublime mais a-scénarisé) et de Radio #1 de Air (punk
mais pas trop). Une mention spéciale pour la prestation de l'homme-objet,
pantomime accompli.
grounded /
my vitriol
Réalisé par Jeff Thomas
Infections Records
Pauvre Vincent Gallo, le voilà
coincé, enfermé, enterré, grounded dans un clip au-delà du réel. Arrivé on
ne sait comment dans une impasse spatio-temporelle, il se réveille tou jours au
même endroit pour revivre un jour sans fin (the Groundhog Day?). Boire
un café, prendre la route, courir à travers les bois, rien n'y fait :
invariablement, le comédien revient au point de départ. Et ce l'énerve
énormément. Sisyphe tarantinesque, (il porte le costume officiel des Reservoir
Dogs), le voilà qui fait sa scène, se la joue Actor's studio, s'excite tout
seul avec la porte qui refuse de s'ouvrir. Multiplier les prises n'y fait rien :
le scénario a été écrit sur un bout de ruban de Moebius. On attend la chute
qui ne viendra jamais. Le clip fleure bon le court métrage d'école de cinéma
et Gallo fait plaisir à voir, cabotinant gentiment. Mais tout cela manque
hélas terriblement d'humour. Et les regards énigmatiques jetés ça et là par
les membres du groupe n'arrangent rien.
MATTHIEU SCHWARTZ
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