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Tournage
: Les Cerfs-volants
par
William Perec
Quelque part entre Nashville et Belleville
s'est tourné, dans une ambiance très cinéma, le premier vidéoclip de
Benjamin Biolay, Les Cerfsvolants, réalisé par François Németa.
Chronique d'une journée particulière.
A la base, c'est une délimitation polygonale
irrégulière de rubalise. Un petit territoire délimité par ce fin ruban de
plastique rayé rouge et blanc qui tranche si bien avec le vert de la
chlorophylle. Au-delà de cette limite, attention : tournage ! Dans ce petit
coin des Buttes-Chaumont que traverse un ruisseau, non loin de la cascade, à
deux pas de la mairie du XIXe arrondissement, il y a des rochers, des
bosquets, un petit pont et, aujourd'hui, une trentaine de personnes qui se
pressent doucement parmi les plots orange, le tuyau d'arrosage jaune, les flight
caisses argentés, les 15 x 20 x 30 noir et la glacière bleue. 19h30. C'est
l'heure de déjeuner sur l'herbe. On reconnaît aisément le réalisateur, comme
toujours habillé à l'identique du chanteur qui, couché sur la pelouse amenée
pour l'occasion (logique, il est à l'ombre d'un épineux) semble le rockeur du
val.
Pour simuler le reflet de la lune, un HMI vient
en renfort du soleil qui commence à décliner. La nuit américaine-en anglais, night
for day-procédé par lequel on obtient en plein jour l'illusion de la nuit
(du chasseur?). La pupille dilatée, mine de rien, le chef op' pourrait
commencer à angoisser. Mais non, tout va bien. 20h10, Annabelle maquille les
mains de Benjamin pour le dernier (gros) plan en plongée quasi totale. On
asperge l'herbe pour la faire briller un peu. Pendant ce temps, d'autres
remballent le matériel du play-back devenu inutile.
"Moteur... Coupez !"
Au final, ce fragment de
verdure parisienne deviendra une parcelle de Central Park, New York, USA. Par la
grâce de la postprod', comme on dit, Benjamin aura pu passer une après-midi
parmi les gratte-ciels sans avoir à prendre l'avion. Mais c'est là une toute
autre histoire.
WILLIAM PEREC
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