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"Les Justes-Story"
par David Noir
Présentation de la pièce des Puritains
Attention Spectacle Annulé - Comédie
Manga-Musicale Clownesque Aléatoire 100 % Haineuse
Vous ne savez pas ce qui vous attend. Nous non
plus ! Chaque soir, plusieurs blocs de textes, issus d'un tout plus vaste
constituant "les Justes-story", seront tirés parmi les cartes de
notre jeu, par les premiers spectateurs arrivés, et interprétés dans la foulée.
Chaque soir donne lieu à une représentation différente permettant de découvrir
de nouveaux textes, d'affronter de nouvelles situations d'un même ensemble, à
la façon des rencontres aléatoires dans un jeu vidéo. La durée et la densité
du spectacle sont donc variables et soumises à la nature du tirage. Parfois, ça
raconte ce que vous et nous comprenons ; parfois ... C'est autre chose. Le
hasard guide le déroulement de ce que nous serons amenés à vous infliger.
Jeu télévisuel / Jeu d'acteur / Jeu
de rôle / Jeu de société / Jeu de pouvoir
Ce qu'on appelle couramment la mise en scène
me paraît chaque jour davantage un savoir-faire inepte, toujours balbutiant,
dans quoi que ce soit qu'il me soit donné de voir. Un art puéril pour de faux
enfants qui se forcent à rire ou à frémir autour de pâles idées sensées
nous surprendre ou nous faire rêver. En ce qui me concerne, le fruit du souci
du bel ouvrage ou du " travail bien fait " ne me surprend pas plus que
le premier prix du meilleur ouvrier de France ; quant à rêver, mon sommeil est
plus riche en évasion que l'imaginaire des artistes faiseurs de songes. De même,
l'acteur voulant me faire croire au premier degré à son personnage me laisse
supposer qu'il voudrait y croire lui-même. Est-ce vraiment une quête sincère
et possible aux adultes que nous sommes, sans friser une naïveté proche de la
bêtise ?
Pour moi, l'intérêt de la scène est
ailleurs, dans ce qu'elle raconte d'elle-même, et ne peut au fond passer que
par la dérision : notre vrai rapport à vous. Les meilleures pièces de Molière
ou de Shakespeare que les théâtreux ne cessent de brandir, sans doute à juste
titre, relèvent toujours de la terrible farce et de l'énorme grotesque. La
tragédie, encore davantage, se situe dans une forme au énième degré, aussi
mythologique que la bande dessinée, loin du réalisme des situations humaines.
Tout ça racontait autre chose, avec les armes de son temps. Aujourd'hui, nous
manquons d'une profusion d'actualités fraîches en la matière ; ou alors rien
ne se passe ; ou alors c'est trop tard. Un art vivant trouve-t-il l'essentiel de
son épanouissement aujourd'hui encore dans un éternel service de viandes
froides même si elles furent excellentes ? Les jouer aujourd'hui est l'affaire
du plaisir des acteurs qui devraient davantage se passer d'un quelconque "
metteur en scène " pour interpréter ce qui leur plaît. Certains d'entre
eux s'accrochent, veulent se faire croire par-dessus tout qu'ils y croient eux-même
pour qu'enfin vous, public, croyiez en eux comme en des êtres humains
possibles. Volonté de croire. Volonté de rêver "sur" sa possible
magnificence, "sur" son gentil petit talent. Pour un être humain
ambitieux, le talent c'est de réfléchir à ce qu'il fait ; survie animale. Le
reste me semble débilité entre les débilités, triste comme la pitoyable et
risible pseudo-accessibilité des arts du spectacle.
Art populaire ? Pourquoi pas, mais aussi
virtuel, complexe, abstrait et trivial à la fois. Les musiques actuelles se
sont, depuis longtemps, dissociées de leurs géniteurs classiques pour exister
comme un genre à part entière. Le théâtre contemporain existe-t-il dans sa
richesse possible, dans son foisonnement ? Je parle d'évolution des formes et
du regard. Ces derniers temps, le manga dans la fraîcheur exotique de ses codes
différents, ou le jeu vidéo, deviennent pour moi, davantage matière à une réflexion
sur la représentation, comme la pop le fut en son temps sur la notion d'identité.
Et vous, personnes venant entendre le théâtre ? Vous n'êtes pas toujours très
exigeantes ou alors de la mauvaise manière, comme on l'est parfois avec ses
enfants, injustement, ou trop discretes ou peut-être avez-vous perdu l'intérêt
pour ce support ? Mais à qui est-ce que je parle ?
Le public, ça n'existe pas. Je ne vois que des
individus les uns à côté des autres. Nous ne sommes pas différents de vous ;
nous n'avons rien de commun avec " le Théâtre ", et les comédiens
" magiciens". Merci bien. Moi, je me mets en situation, avec mes
proches, dans ce qui me constitue, mon univers. Que pourrait-il y avoir d'autre
? Justement, les autres, mes pareils. Vous, que je dois bien appréhender via
moi, par ce truchement psychique et (à bonne distance) physique, puisqu'il faut
bien vous parler, tant vous ne cessez de le faire. Tant nous ne cessons de nous
rencontrer. Télévision, pub, images, confidences, cinéma, banalités, points
de vue, bruit de foule, métro... L'autre et son univers étranger à soi. Ni
bons, ni méchants ; juste vous, eux, moi. La peur, et l'idée préconçue comme
décor. L'île déserte est devenue très chère, et on aime toucher le sexe de
ses contemporains, alors ... Mais pour chaque animal que nous sommes, la préservation
nécessite un clan. L'homme n'est pas encore une espèce protégée pour lui-même.
Vague village familial qu'une compagnie de théâtre ; mieux que l'isolement.
Restent les mots comme véritables alliés indémodables. Je n'ai soif que de
les proférer. salut !
David Noir
Lire aussi: "Les
Justes-Story" interdits de scène par Pierre Cardin
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