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Nous sommes submergés de
honte
Par
Abd El-Rahman Al-Rachid.
Al-Sharq Al-Awsat, 28 août 20031
Si la terre palestinienne occupée
est submergée de sang et de douleur, nous sommes submergés de honte. Nous ne
savons plus où poser les yeux quand nous assistons au spectacle des
chamailleries entre les membres dirigeants de Ramallah.
Je
me réfère au bras de fer entre Abou Ammar [Arafat] et Abou Mazen, au crêpage
de chignon entre Radjoub et Dahlane, aux accrochages entre Al-Qaddoumi et Chaath,
qu’on entend jusqu’au Caire.
Le fait
que des Palestiniennes sacrifient leurs enfants pour des dirigeants qui refusent
de laisser la place n’est-il pas honteux et lamentable ? N’est-il pas
honteux que de tels personnages traînent l’ensemble du monde arabe dans un
combat qu’ils qualifient de ‘central’, alors que sous sa forme actuelle,
tel qu’il se déroule sous nos yeux à tous, ce combat fait l’effet d’une
mascarade ? Pourquoi devrait-on sacrifier quoi que ce soit à une affaire
contrôlée par des intérêts personnels ?
Rien d’autre que leurs batailles personnelles n’intéressent ces
dirigeants.
L’une
des raisons qui pousse certains d’entre nous à soupçonner ces dirigeants de
ne pas en être de vrais est qu’ils refusent de se battre comme de faire la
paix. Pendant que les Palestiniennes pleurent leurs fils, leurs frères et leurs
pères, les éclats de voix des dirigeants luttant pour leurs places et leurs
salaires se font entendre. Ces dirigeants ne veulent ni solution, ni terre ;
tout ce qui les intéresse, ce sont leurs propres batailles.
Il
est fort triste de constater que la lutte entre ces six-là est la forme d’administration
à laquelle nous a habitués la direction palestinienne depuis de nombreuses
années. C’est ce qui a conduit un certain nombre de gouvernements, outre le
gouvernement américain, à exiger des modifications et la consolidation d’un
régime transparent. Malheureusement, la baguette se prend dans les roues à
chaque fois que la locomotive se met en marche - et la raison en est
systématiquement les querelles au nom d’intérêts personnels.
La
vérité est qu’il n’existe pas de débat idéologique sur la gestion ou la
résolution du conflit entre Abou Mazen, Abou Ammar, Nabil Chaath, Farouq
Qaddoumi, Mohammed Dahlane, Jibril Radjoub et les autres hauts responsables : il
n’y a qu’une discussion concernant l’octroi des postes. Les gouvernements
arabes regardent se chamailler les membres de l’Autorité palestinienne, et ne
savent plus quelle contenance prendre. Voilà devant eux un président qui
prétend avoir été élu, et un Premier ministre qu’il a nommé sans vouloir
lui déléguer de pouvoirs.
La
deuxième bataille a pour objet la voix des Palestiniens à l’étranger :
Nabil Chaath ou Farouq Qaddoumi ? Malgré mon estime pour Al-Qaddoumi, [je dois
admettre que] cet homme n’a jamais vraiment reconnu la plate-forme
palestinienne en cours ; comment peut-il continuer de servir de ministre quand
dans les faits, il s’oppose à la plate-forme ? En outre, Al-Qaddoumi a même
refusé de reconnaître l’Etat palestinien tel qu’il est, mettent en cause
sa légitimité, et n’est pas retourné sur sa terre, la Palestine, depuis 40
ans – jusque la semaine dernière, après avoir appris qu’Abou Mazen
comptait le remplacer par Nabil Chaath au poste de ministre des Affaires
étrangères.2 N’est-ce pas étrange ?
Il est temps que les dirigeants palestiniens comprennent qu’ils doivent
laisser la place
L’autre
interminable conflit oppose Mohammed Dahlane et Jibril Radjoub. Le Premier
ministre n’a pas été épargné par la colère de Radjoub après avoir nommé
son rival Dahlane [ministre des Affaires de sécurité] ; Radjoub s’est
répandu en injures qu’il n’a pas hésité à formuler, pour certaines d’entre
elles, sur les ondes télévisées. Abou Ammar [Arafat] a vu dans les dernières
opérations suicides et l’agression israélienne une bonne occasion de se
venger d’Abou Mazen et de calmer Radjoub : non seulement a-t-il placé ce
dernier à un poste comparable à celui de Dahlane, il l’a en outre honoré d’un
rang militaire supérieur. Voilà comment le gouvernement gère ses affaires,
comment les territoires sont libérés et comment on soigne la douleur des
êtres malmenés.
Il est
temps que les dirigeants palestiniens comprennent qu’ils doivent partir, Abou
Ammar comme Abou Mazen. La dernière série de querelles a confirmé les
soupçons et démontré la véracité des accusations antérieures faisant état
de l’absence de véritable dirigeant responsable, prêt à sacrifier ses
propres intérêts et sa place pour accomplir la tâche qui lui a valu d’être
élu.
La
souffrance du peuple, dont une moitié vit dans des camps de réfugiés depuis
40 ans et dont l’autre moitié vit sous occupation, ne suffit-elle pas ?
Est-ce avec une direction aussi boiteuse que les Palestiniens libéreront leur
terre ? Devrions- nous nous opposer au reste du monde pour ces individus ?
Abd
El-Rahman Al-Rachid
1-
Abd
El-Rahman Al-Rachid est le directeur
du quotidien pan-arabe All-Sharq Al-Awsat, publié à Londres. L'article
original porte le titre: "La direction palestinienne doit quitter les
lieux". Traduction par Memri.
2-
Al-Qaddoumi n’est pas entré dans les
régions de l’Autorité palestinienne, mais a annoncé qu’il envisageait de
le faire.
texte
reproduit avec l'aimable autorisation de notre bonne conscience
>> qu'est-ce qu'on peut lire après ça ? "La
société israélienne s'effondre" par
Avraham Burg <<
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