Quand arrivera-t-on à sortir de ce conte à dormir debout ?:// Otages de préjugés injustifiés, libérez-vous !
Par LSA Oulahbib1, 3 juillet 2005

Voilà une injonction qu'il est aisé de claironner. Cela sonne bien et sous-entend toujours que l’auteur qui l’énonce n’en a pas, lui, de préjugés. Ce qui est faux bien entendu. Le problème n’est donc pas là mais plutôt dans le fait de savoir si l’on arrive à les justifier.

Or, voilà le hic, cette vérification, démonstration, explication, tout ce que vous voulez, est la chose au monde la moins partagée ces temps-ci.

A l’absolutisme supposé des siècles précédents s’est substitué un relativisme total qui préfère conserver son petit point de vue plutôt que de le confronter ; d’où le paradoxe du relativisme : tout est relatif sauf le fait de relativiser ; ce qui ne tient pas debout, puisque dans ce cas le relativisme doit lui aussi se relativiser et ainsi découvrir qu’il existe des principes absolus, des nécessités, mais qui doivent être justifiés…

Boring ! clamera-t-on ? Pourquoi se justifier lorsqu’il est plus facile et utile d’aller dans le sens du vent. A bas Bush ! Sharon ! le libéralisme ! la télé-réalité ! le développement ! Vive la subversion pour elle-même le matin à 16 h sous la couette d’un des appartements de fonction du ministère de la Culture, de l’Éducation, du Quai, ou dans un trou quelconque pour jouer au poète maudit, enfant terrible, ennuyer ainsi papa diplomate, maman psy, ou maman bar tabac, papa routier comme l’exigeait Télérama dans son soutien, naguère, au film Nettoyage à sec (sans Sarko pourtant…), avant d’aller applaudir à Madrid la légalisation du mariage homosexuel et de l’homoparentalité.

Mais, tiens, parlons de ce dernier fait dont la société semble de plus en plus otage, est-ce justifié ?

Certes on peut plaider que l’homosexualité est une donnée, pas un choix (au contraire de ce que racontent les foucaldiens, derridiens, et autres queers) et qu’une légalisation s’avère nécessaire non seulement pour des raisons d’héritage mais aussi de reconnaissance sociale. Pourquoi, cependant, proposer la confusion avec les mariages hétérosexuels puisque les homosexuels veulent justement faire reconnaître leur singularité ?

Cela n’a pas de sens.

A moins de spécifier que l’Etat n’a pas à établir de distinction entre citoyens, ce qui est hypocrite puisque celle-ci existe légalement en maints domaines, et surtout laisse sous-entendre, comme préjugé non dit et surtout non justifié, que l’homosexualité est en fait un choix privé, ce qui est faux, c’est une contrainte biologique ou psychique.

Tous otages !

Michel Drac tire les enseignements de l'affaire Aubenas: Jihad Performance Art.

Laurent James jette la première pierre aux journaleux: Servitude de Libération.

Qui prend les iraniens en otage? Kaveh nous initie aux joies de la  Buy-Back Connection!.

Charley s'interroge sur le droit de rétension. Il signe : Tous otages !

La preuve ? Le fait que certains homosexuels, après avoir eu des enfants et aient cherché à devenir de bons petits et joyeux hétéro, décident non pas de choisir autre chose mais de revenir à leur vraie nature, tant avec l’âge ils sont devenus décomplexés ; voilà le réel, ce dont il faut discuter surtout si l’on prétend faire de ces questions de mœurs l’alpha et l’oméga de la vie politique, bien supérieures dorénavant aux questions de développement et de réflexions sur la Cité…

Quant à l’homoparentalité, pourquoi pas (même si peu d’homosexuels en réalité le désirent, plutôt les femmes en fait) dans la mesure où, d’une part, elle s’institue dans un Pacs amélioré et non un mariage, et que d’autre part il soit assuré que l’enfant puisse continuer à voir sa mère ou son père biologique…Parce que l’enfant a le droit d’avoir un père et une mère.

Le plus énervant dans cette histoire ne concerne pas le fait d’y réfléchir mais que cela soit instrumentalisé par certains pour se donner un look avancé, révolutionnaire, alors que par ailleurs ils peuvent être ultraconservateurs, par exemple sur la rénovation du Service Public qui implique une ouverture au Privé pour apporter de l’argent frais, un autre regard, sans opposer nécessairement le cours de grec ancien et le cours de marketing international… Mieux encore, on a l’impression que le relativisme et son compagnon de route nihiliste utilisent cette question de l’homosexualité pour créer encore plus de divisions, tout en jouant par ailleurs à la confusion en défendant des courants politico-religieux comme le national-(arabo-irano)-islamisme dont les adeptes au pouvoir enferment voire tuent des homosexuels.

Voilà le paradoxe : certains batailleront vent debout pour le mariage homosexuel et iront parler à quelques forums altermondialistes au côté d’islamistes qui prônent le lynchage et le meurtre des homosexuels ! Et il y en a d’autres : on se battra bec et ongles contre «le néolibéralisme », mais on rompra sans coup férir avec le conjoint parce que l’on a «envie » de changer : et si l’on n’est pas marié, donc protégé par quelques biais, c’est pis : pas de droits, rien.

Les paradoxes ne s’arrêtent pas là. Ils embrasent toute la Cité. On condamne Blair, tout en pratiquant dans les petites structures des petites maisons d’édition, journaux, boites de com, ce que l’on reproche aux start-ups et aux délocalisations : un affairisme sec. Ne parlons pas des hypocrisies d’Etat, les niches, le gaspillage, etc…

Mais, justement, depuis le 29 mai, où est-on avec cette marie-antoinettisation de la vie politique et intellectuelle française ? Elle empire. Du moins si l’on admet que le 29 mai a été la synthèse arrivée à incandescence des dépossessions diverses, du vol pratique et symbolique, légal, du pouvoir démocratique, par les lobbies et autres intérêts catégoriels qui font désormais comme la mafia corse: ils prétendent parler au nom de l’Intérêt Général pour masquer leur OPA sur l’Etat en France.

Alors ? Sommes-nous dans l’amorce d’un processus révolutionnaire ? Certainement. Mais peut-être pas dans les termes espérés par ceux qui se réclament encore du communisme et restent pourtant impunis alors qu’ils ont soutenu ses crimes. Idem bien sûr pour les néo-nazis du FN. Le mécontentement grandissant n’a pas de direction. Comme tout mouvement révolutionnaire issu du peuple. C’est une marée qui monte et en même temps des nuages s’accumulent. Comme certaines questions qui deviennent de plus en plus chaudes (tels la dette, les déficits, la stagnation malgré l’airbus, l’iter, arbres qui cachent la forêt…), un parfait cocktail.

Mais qui peut en prendre la direction ? Sarko ? Fabius ? Martine ? Besancenot ? Aucun d’entre eux, même si les deux premiers ont plus de chance certainement à se retrouver au second tour. Sauf qu’il ne suffit pas de gagner. Il faut y aller sur le terrain expliquer qu’il existe des inégalités justifiées, fonctionnelles, telle que le fait de gagner plus si ce que l’on propose est rare ; ce qui ne veut pas dire qu’il faille excuser les excès de puissance dues aux privilèges de situation et de position ; sauf que les syndicats par exemple (qui furent interdits dans les pays communistes soit dit en passant) ont toujours refusé de voir le patronat en partenaire, et le Conseil d’Administration en levier pour améliorer la condition des salariés si l’on accepte d’être aussi actionnaires.

La révolution qui vient voudra donc poser aussi ces problèmes. Même s’il sera aussi question du sens des besoins, de la place de la TV, de l’image, de ce conflit entre éthique et intérêt sans limites etc. Mais il ne faut pas oublier les ennemis de ce processus, ceux qui veulent revenir à l’époque d’un absolu qui se substitue à Dieu, à la Raison, etc.

La bulle est en train de craquer. L’énergie peut aller dans tous les sens. A nous, les Néo-Modernes, (différenciant croissance et développement, quantitativisme et qualitativisme) d’éviter à ce que le privativisme, (qui s’auto approprie les mots et les choses), n’en dévie pas la direction vers des utopies non souhaitables.

>> Chronique précédente:  Le libéralisme en bouc émissaire...


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