Kaveh Mohseni:// Buy-Back Connection
Par Kaveh Moshéni, 8 juillet 2005

Le nouveau « Président de la république islamique » est expert en matière de prise d’otages. L'homme s'appelle Ahmadinejad. De son propre aveu, les droits de l’homme lui donnent la nausée.

On le retrouve au début de la révolution dans le groupe ultra-radical dit « des étudiants de la ligne de l’Imam (Khomeiny) » à l’origine de la prise des 55 otages de l’ambassade américaine, détenus pendant 444 jours.

Agent de liaison avec Khomeiny, il s’occupe du service de sécurité de l’ambassade occupée, devenue aussi un centre clandestin de détention d’opposants iraniens.

En 1981, il rejoint les brigades du terrible procureur-exécuteur Lajevardi, qui opèrent depuis la prison d’Evin où, chaque nuit, les deux hommes et leurs brigades exécutent des centaines de prisonniers. Il y est surnommé alors, l’Acheveur : c’est lui qui tirait le dernier balle dans le cerveau de ceux qui agonisaient.

Plus tard, il rejoint les forces spéciales des pasdarans (les gardiens de la révolution) où il sera chargé de missions « spéciales » en Irak pendant la guerre. Il sera aussi pendant sept ans l’un des commandants des brigades Al-Qods (Jérusalem), chargées notamment de l’élimination des opposants. Un certain Ghassemlou, secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan iranien, un mouvement d’opposition interdit par Téhéran, et deux des collaborateurs de Ghassemlou ont été assassinés par un commando le 13 juillet 1989 à Vienne. Suite au révélations d’un ex-membre de ce commando (le général pasdaran Nasser Taghipoor, assassiné il y a trois ans), Ahmadinejad aurait personnellement supervisé le mitraillage de Ghassemlou.

Puis, il est préfet en Azerbaïdjan iranien par où transitent aussi nombre d’opposants en fuite. La République Islamique a un accord avec la Turquie qui lui permet de poursuivre les opposants en fuite sur le territoire turc. Ainsi les forces des gardiens de Révolution font de régulières excursions en Turquie dans cette zone de 40 Km afin d’intercepter les opposants iraniens installés en Turquie Triste fin pour des opposants en fuite.

Comment les Iraniens en sont arrivé à ce point ?

La France a joué un rôle déterminant dans la victoire de la Révolution Islamique en Iran.

L’état français a donné refuge au Bourreau Khomeiny et lui a accordé des facilités médiatiques et diplomatiques. C’est un trait désormais constant du traitement accordé à l’Iran en France : on ne peut distinguer une quelconque différence entre la majorité et l’opposition concernant ce pays.

Pendant que Giscard s’activait à aider les amis de Khomeiny pour des raisons qui ont peu varié depuis, Mitterrand et ses alliés envoyaient des émissaires au vieux mollah rétrograde, multipliaient les initiatives à l’égard de son entourage inculte. Et l’élite pensante de la gauche à été l'une des première à s’extasier de l'émergence de «cette nouveauté», à s'enthousiasmer pour la révolution de Khomeiny. Michel Foucault qualifiera même les premiers jours de la République Islamique de «très excitant, très étrange, fou» !

Tous otages !

Michel Drac tire les enseignements de l'affaire Aubenas: Jihad Performance Art.

Laurent James jette la première pierre aux journaleux: Servitude de Libération.

Charley s'interroge sur le droit de rétension. Il signe : Tous otages !.

Lucien Samir sent comme un vent de révolution : Otages de préjugés injustifiés..., libérez-vous!.

D’importants liens ont été tissés et des réseaux non négligeables ont été mis en place. Depuis 1979 et la révolution islamique en Iran et l’éviction des Américains du pays, les relations commerciales entre l'Iran et la France n’ont eu de cesse de s’améliorer.

Ces relations ont pris un élan particulier avec la Guerre Iran-Irak pour aboutir de nos jours à un tel niveau d’excellence que le gouvernement français serait même prêt à justifier et si besoin subvenir aux besoins de l’industrie nucléaire des mollahs !

L’actuel homme fort du régime depuis la mort de Khomeiny, l’ex-membre des Moudjahiddin du Peuple, demi-frère de Khomeiny, protecteur du Guide Suprême, Hashemi-Refsandjani, patron du Conseil du Discernement de l‘Etat (organe qui décide tout en Iran) n’a pas de vrais soucis à se faire. Les réseaux d’amitiés sont savamment entretenus par des cadeaux. Les cadeaux entretiennent les amitiés et dans ce cas précis, les amis s’engagent personnellement.

Et on voit un Jospin sortir de sa retraite en 2002 pour aller discourir en Virginie sur l’erreur des Américains à classer la République Islamique dans l’axe du mal des états qui financent le terrorisme. Jospin fut l’envoyé spécial de Mitterrand en Iran au moment où les khomeynistes passaient par les armes les plus valeureux enfants de ce pays. Et faisait avaler du verre concassé ou des clous aux condamnés, avant de les fusiller et les faire mourir en crevant les yeux, coupant des membres, coupant la langue. Cette horreur n’était pas cachée et les révolutionnaires exhibaient les photos des corps mutilés dans les journaux. A-t-on jamais entendu Jospin ou les socialistes sur ces horreurs ?

Le cas des hommes du centre ou ceux de droite n’est guère plus reluisant. C’est un trait constant du traitement accordé à l’Iran en France unité entre la majorité et l’opposition concernant ce pays. La raison de ce traitement de faveur est à la fois politique et économique.

Sur le plan politique, dès la prise d'otages de l'Ambassade américaine, on a cru que l'anti-américanisme affiché des mollahs et autres «étudiants islamiques de Qom» pouvait servir les intérêts français en Iran. Dès lors la France n’a cessé de choyer ce régime. Vente d’armes secrètes et enrichissements personnels (Rafsandjani a récolté 50 milliards de $ dans les six dernières années de la guerre). Peut-être des enrichissements du côté du François aussi. La mise en place du Hezbollah a quelque peu perturbé les plans français. Car désormais la République Islamique est devenu l’Allié par excellence de la France et non un maillon de la politique arabe. Jusqu’où cette alliance dangereuse conduira l’état français ? Les intérêts en jeu dépassent la cadre politique.

Sur le plan économique, il faut savoir que le stock global de l’investissement français en Iran est (selon les sources françaises) de 35 milliards de dollars, hors contrats de Buy-Back signés dans le secteur pétrolier et gazier par Total.

Le Buy-Back est l’offre qui permet à la République Islamique de vendre un droit d’exploitation d’une durée indéterminée et d’un montant fixe pour les puits de pétrole. La capacité du puit est évaluée avant la vente et l’acheteur n’est pas tenu de réévaluer l’estimation au cours des forages.

Ainsi, le prix correspond à une estimation invérifiable. Ce type de procédé permet de casser le prix du baril et de s’attirer la sympathie des pétroliers tels que Total. Le régime achète ainsi la bienveillance des états européens qui tous exigent le Buy-Back en Iran. Tous les états qui achètent du pétrole en Iran par le Buy-Back ne sont pas sans savoir que ce type de contrat est à l’encontre des intérêts du peuple Iranien. La vente des hydrocarbures constitue plus de 80% des recettes d’exportation de l’Iran (27 Milliards de Dollars). Dans ces conditions, le Buy-Back semble être une solution suicidaire pour les intérêts économiques de l’Iran. Le recours systématique des Mollahs au Buy-Back est la preuve de la politique délibérée de sous-évaluation des capacités de production du brut.

Les « partenaires » commerciaux des Mollahs ne croient guère au commerce équitable et ne semblent pas également très émus par la misère du peuple iranien. Mais si on tient compte du volet politique, on peut penser que la politique arabe de la France est elle-même prise au piège et otage de sa pensée unique. Les véritables gagnants sont les mollahs et les perdants sont les Iraniens : Le peuple iranien est pris en otage par les mollahs et les Etats Européens qui ont la même politique que la France. (Et le peuple français court un danger d’une nature inconnue.)

Un peuple en Otage

90 % des Iraniens vivent en dessous du seuil de pauvreté et sont pris dans un engrenage infernal pour subsister. Dans ce pays où les femmes ne travaillent pas, les ménages dépendent exclusivement des revenus des maris ou des fils. Ces derniers doivent jongler avec le temps, multiplier les emplois. L'oligarchie religieuse gagne sur tous les tableaux : le détournement des fonds publics, les pénuries organisées, les baisses des salaires et les licenciements abusifs, les augmentations des loyers ou des prix... Ces dérèglements favorisent à leur tour l’apparition des marchés noirs. Ce système mafieux et sans faille anéantit l’énergie vitale des Iraniens.

Le Buy-Back pour la vente du brut, les marchés noirs en économie interne et soutien tout azimut au terrorisme islamique sont les règles imposées par mollahs : règles qui semblent convenir parfaitement aux états européens …

Seul, le peuple iranien est-il pris en otage ?

En tous les cas, seul le peuple iranien ne semble être résigné car il connaît les mollahs.

L’état français frôle les lignes rouges et les Français ignorent les dessous sales de la politique arabe de la France, peut-être sont-ils les véritables otages de cette histoire.

Kaveh Mohséni
Journaliste politique, opposant iranien
http://www.iran-resist.org


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