En 1981, il rejoint les brigades
du terrible procureur-exécuteur Lajevardi, qui opèrent depuis la prison d’Evin
où, chaque nuit, les deux hommes et leurs brigades exécutent des centaines de
prisonniers. Il y est surnommé alors, l’Acheveur : c’est lui qui tirait le
dernier balle dans le cerveau de ceux qui agonisaient.
Plus tard, il rejoint les forces
spéciales des pasdarans (les gardiens de la révolution) où il sera chargé de
missions « spéciales » en Irak pendant la guerre. Il sera aussi pendant sept ans
l’un des commandants des brigades Al-Qods (Jérusalem), chargées notamment de
l’élimination des opposants. Un certain Ghassemlou, secrétaire général du Parti
démocratique du Kurdistan iranien, un mouvement d’opposition interdit par
Téhéran, et deux des collaborateurs de Ghassemlou ont été assassinés par un
commando le 13 juillet 1989 à Vienne. Suite au révélations d’un ex-membre de ce
commando (le général pasdaran Nasser Taghipoor, assassiné il y a trois ans),
Ahmadinejad aurait personnellement supervisé le mitraillage de Ghassemlou.
Puis, il est préfet en Azerbaïdjan
iranien par où transitent aussi nombre d’opposants en fuite. La République
Islamique a un accord avec la Turquie qui lui permet de poursuivre les opposants
en fuite sur le territoire turc. Ainsi les forces des gardiens de Révolution
font de régulières excursions en Turquie dans cette zone de 40 Km afin
d’intercepter les opposants iraniens installés en Turquie Triste fin pour des
opposants en fuite.
Comment les Iraniens en sont
arrivé à ce point ?
La France a joué un rôle
déterminant dans la victoire de la Révolution Islamique en Iran.
L’état français
a donné refuge au Bourreau Khomeiny et lui a accordé des facilités médiatiques
et diplomatiques. C’est un trait désormais constant du traitement accordé à
l’Iran en France : on ne peut distinguer une quelconque différence entre la
majorité et l’opposition concernant ce pays.
Pendant que Giscard s’activait à
aider les amis de Khomeiny pour des raisons qui ont peu varié depuis, Mitterrand
et ses alliés envoyaient des émissaires au vieux mollah rétrograde,
multipliaient les initiatives à l’égard de son entourage inculte. Et l’élite
pensante de la gauche à été l'une des première à s’extasier de l'émergence de
«cette nouveauté», à s'enthousiasmer pour la révolution de Khomeiny. Michel
Foucault qualifiera même les premiers jours de la République Islamique de «très
excitant, très étrange, fou» !
D’importants liens ont été tissés
et des réseaux non négligeables ont été mis en place. Depuis 1979 et la
révolution islamique en Iran et l’éviction des Américains du pays, les relations
commerciales entre l'Iran et la France n’ont eu de cesse de s’améliorer.
Ces
relations ont pris un élan particulier avec la Guerre Iran-Irak pour aboutir de
nos jours à un tel niveau d’excellence que le gouvernement français serait même
prêt à justifier et si besoin subvenir aux besoins de l’industrie nucléaire des
mollahs !
L’actuel homme fort du régime depuis la mort de Khomeiny, l’ex-membre
des Moudjahiddin du Peuple, demi-frère de Khomeiny, protecteur du Guide Suprême, Hashemi-Refsandjani, patron du Conseil du Discernement de l‘Etat (organe qui
décide tout en Iran) n’a pas de vrais soucis à se faire. Les réseaux d’amitiés
sont savamment entretenus par des cadeaux. Les cadeaux entretiennent les amitiés
et dans ce cas précis, les amis s’engagent personnellement.
Et on voit un Jospin
sortir de sa retraite en 2002 pour aller discourir en Virginie sur l’erreur des
Américains à classer la République Islamique dans l’axe du mal des états qui
financent le terrorisme. Jospin fut l’envoyé spécial de Mitterrand en Iran au
moment où les khomeynistes passaient par les armes les plus valeureux enfants de
ce pays. Et faisait avaler du verre concassé ou des clous aux condamnés, avant
de les fusiller et les faire mourir en crevant les yeux, coupant des membres,
coupant la langue. Cette horreur n’était pas cachée et les révolutionnaires
exhibaient les photos des corps mutilés dans les journaux. A-t-on jamais entendu
Jospin ou les socialistes sur ces horreurs ?
Le cas des hommes du centre ou ceux
de droite n’est guère plus reluisant. C’est un trait constant du
traitement accordé à l’Iran en France unité entre la majorité et l’opposition
concernant ce pays. La raison de ce traitement de faveur est à la fois politique
et économique.
Sur le plan politique, dès la prise d'otages de l'Ambassade
américaine, on a cru que l'anti-américanisme affiché des mollahs et autres
«étudiants islamiques de Qom» pouvait servir les intérêts français en Iran. Dès
lors la France n’a cessé de choyer ce régime. Vente d’armes secrètes et
enrichissements personnels (Rafsandjani a récolté 50 milliards de $ dans les six
dernières années de la guerre). Peut-être des enrichissements du côté du
François aussi. La mise en place du Hezbollah a quelque peu perturbé les plans
français. Car désormais la République Islamique est devenu l’Allié par
excellence de la France et non un maillon de la politique arabe. Jusqu’où cette
alliance dangereuse conduira l’état français ? Les intérêts en jeu dépassent la
cadre politique.
Sur le plan économique, il faut
savoir que le stock global de l’investissement français en Iran est (selon les
sources françaises) de 35 milliards de dollars, hors contrats de Buy-Back signés
dans le secteur pétrolier et gazier par Total.
Le
Les « partenaires » commerciaux
des Mollahs ne croient guère au commerce équitable et ne semblent pas également
très émus par la misère du peuple iranien. Mais si on tient compte du volet
politique, on peut penser que la politique arabe de la France est elle-même
prise au piège et otage de sa pensée unique. Les véritables gagnants sont les
mollahs et les perdants sont les Iraniens : Le peuple iranien est pris en otage
par les mollahs et les Etats Européens qui ont la même politique que la France.
(Et le peuple français court un danger d’une nature inconnue.)
Un peuple en Otage
90 % des Iraniens vivent en dessous du
seuil de pauvreté et sont pris dans un engrenage infernal pour subsister. Dans
ce pays où les femmes ne travaillent pas, les ménages dépendent exclusivement
des revenus des maris ou des fils. Ces derniers doivent jongler avec le temps,
multiplier les emplois. L'oligarchie religieuse gagne sur tous les tableaux : le
détournement des fonds publics, les pénuries organisées, les baisses des
salaires et les licenciements abusifs, les augmentations des loyers ou des
prix... Ces dérèglements favorisent à leur tour l’apparition des marchés noirs.
Ce système mafieux et sans faille anéantit l’énergie vitale des Iraniens.
Le Buy-Back pour la vente du brut,
les marchés noirs en économie interne et soutien tout azimut au terrorisme
islamique sont les règles imposées par mollahs : règles qui semblent convenir
parfaitement aux états européens …
Seul, le peuple iranien est-il pris en
otage ?
En tous les cas, seul le peuple iranien ne
semble être résigné car il connaît les mollahs.
L’état français frôle les lignes rouges et
les Français ignorent les dessous sales de la politique arabe de la France,
peut-être sont-ils les véritables otages de cette histoire.
Kaveh Mohséni
Journaliste politique, opposant iranien
http://www.iran-resist.org