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Le Jihâd asghar nous fera
embrasser l’Islâm
Par
Laurent James,
30 novembre 2005
« C’est bien, fils de putes,
filmez, c’est bon pour nous »
[Une capuche à une équipe de
France 2, Aubervilliers, 4 novembre 2005]
On
sait que la principale différence entre le talent et le génie, est que le
premier met tout le monde d’accord, alors que personne – et surtout pas les
génies ! – ne pense la même chose du second. On admire un génie ou bien on
l’exècre, mais tous respectent l’homme de talent.
Je crois bien qu’il existe une
distinction de même nature entre les événements remarquables de l’actualité, et
les symboles vivants de l’Apocalypse de Feu. Lorsque l’équipe suisse de football
se fait castagner en Turquie, la grippe aviaire prend son envol pour l’Europe ou
Beigbeder attaque Voici en justice pour avoir publié des photos de ses
ignobles coucheries avec Laura Smet, tous les commentaires s’enroulent lentement
autour de quelques axes dialectiques apparemment divergents, avant de concorder
sur une ligne commune faite d’indifférence fatiguée. On ne peut pas en dire
autant du Onze Septembre, de l’édification du mur d’Israël ou même des
flammeroles ayant illuminé ces temps derniers les banlieues des principales
villes françaises. Ces trois événements, pour autant dissociables qu’ils
puissent paraître, sont en réalité inclus dans le même camaïeu, dont la
vastitude polychromatique ne cesse de m’étonner. On ne doit jamais isoler un
événement pour l’analyser efficacement, à moins que sa nature ne soit
terriblement singulière, dans l’espace et dans le temps. Or, je ne pense pas une
seconde que ces « jacqueries du XXIè siècle » (comme les a si bien dénommés
Hamida Ben Sadia dans un numéro récent de Ripostes, au milieu d’un flot
d’imbécillités que j’évoquerai un peu plus loin) soient uniques en aucune
manière : elles auront bientôt lieu partout, et de plus en plus souvent.
Pour
bien comprendre ce qui se passe, et ce dont il s’agit précisément, il est
nécessaire – et cela ne surprendra personne – d’écouter ceux qui sont situés de
plein pied sur le seul plan qui vaille : la métaphysique brûlante. C’est ainsi
que Lars von Trier est un des exégètes les plus pertinents des ébullitions
péri-urbaines, celui qui peut nous aider à dresser la plus indubitable des
interprétations anagogiques de nos troubles réactifs. Son dernier long-métrage
Manderlay est une fable anti-humaniste, ce qui n’est pas si éloigné que
ça du conte de fées : dans les deux cas, il s’agit d’exposer au mieux la
charpente humaine et son ordurier contenu verbal, dans un but d’édification
cisaillante de l’auditoire. Le film montre le cheminement spirituel d’une naïve
fille de gangster, qui se pique d’aider une communauté restreinte de Noirs à
échapper à leur condition d’esclaves dans une plantation de coton d’Alabama. Or,
elle parviendra surtout à se libérer de son complexe de petite fille riche et
dépendante de son père tout-puissant, tandis que les supposées victimes d’un
régime coercitif lui en voudront beaucoup pour avoir bouleversé l’ordre social
préétabli, au sein duquel elles n’avaient pas à se soucier de tous les terribles
tracas liés à la gestion d’une cotonnerie pour parvenir à rendre celle-ci
rentable et donc nourrir leur famille. Les imprudences de Grace aboutiront même
indirectement au décès d’une fillette noire, tombée malade par suite d’une
tempête de poussière mal combattue par les kolkhoziens nonchalants, et morte de
faim sans un soupir : une mémé nègre, ravagée par la famine nouvellement établie
dans la plantation, venait la nuit dérober en douce son maigre repas posé sur le
rebord de sa fenêtre… Le principal enseignement que retire la bobo désœuvrée de
cette aventure vinaigrée est celle-ci : toute victime est avant tout un être
humain, c’est-à-dire un sous-singe incohérent pétri de boue à peine lumineuse,
et capable de mensonges abjects pour donner le moindre relief à son existence
cafardeuse. Elle-même s’est donné le change depuis le début dans un seul but :
sentir vibrer en elle une bonne queue raide de Noir en sueur… Evidemment,
lorsqu’elle apprend que ce même Noir, fier et hautain, prétendant descendre
d’une tribu factice de guerriers mythiques, est le plus humain de toute la
communauté dont elle a pris la charge – soit le plus menteur, voleur et brutal
–, Grace fait son nervous breakdown de yuppie excédée, et lacère le dos
d’icelui en lui assenant quelques féroces coups de fouet avec une énergie de
sportive cocaïnomane.
Dans une histoire comme celle-ci,
les personnes les plus coupables sont celles qui défendent le Faible pour de
mauvaises raisons. L’intention se retrouve toujours au cœur du résultat des
actions entreprises : si la fin peut justifier les moyens, les moyens ne
justifient pas n’importe quel début. Ainsi, quelle que soit la démarche mise en
œuvre par Grace pour rendre leur liberté aux esclaves, le résultat sera toujours
catastrophique pour une cause toute simple : elle croit en l’Homme. De même, les
personnes les moins coupables – disons plutôt, les fautifs les plus enclins à
l’indulgence – sont celles qui s’en prennent au Faible pour de bonnes raisons :
ainsi, les gangsters connaissent la vénalité foncière de l’être humain, et ce
sont eux qui respectent le plus l’intégrité des esclaves en les traitant avec
dureté.
Cette parabole est un reflet direct des temps que nous vivons actuellement, et
l’intensité de son message ira croissant à mesure que les cocktails Molotov
inonderont nos nuques face au crépuscule. Ne croyez pas que j’en appelle ici à
une morale droitière prônant l’implacabilité d’une répression bâtonnière pour
remettre les zyvas à leur place / j’ai bien peur que cela ne soit exactement le
contraire, puisqu’il faut savoir lire cette histoire dans le bon ordre : les
esclaves honteusement à l’aise dans leur condition de servitude sont à l’image
de l’occidental athée d’aujourd’hui, et les banlieusards noirs et arabes
investis d’une mission irraisonnée, c’est Grace ! Quelle est donc la nature de
leur implacable apostolat de fer, qui les fait tous agir en même temps avec
cette radieuse détermination ? Ces croisés du vingt-et-unième siècle veulent
terraformer le Paradis d’Allâh, et pour cela n’ont qu’une issue : nous rendre
notre liberté en Dieu, quels que soient les obstacles à surmonter, et surtout
malgré nous. Et les gangsters du cynisme qui maintiennent l’homme occidental
dans sa condition d’ilote atomisé par le capitalisme de troisième espèce (centré
sur l’image du produit, et le relativisme comme mode de pensée absolue), ce sont
évidemment les journalistes qui jouent le rôle à merveille !
Toute explication sociale d’un
fait, aussi bénin soit-il, ne peut être que si ridiculement partielle que cela
ne vaut même pas la peine de la donner. Alors comme ça, si les Noirs et les
Arabes des banlieues de Paris, Lyon, Strasbourg, Montpellier ou Lille groovent
comme des girafes épileptiques en carbonisant des voitures tout en ululant de
splendides « Allâh Akhbar, cousin ! » sous la Lune, c’est parce qu’ils sont
rmistes ? Si les journalistes-gangsters passent leur temps à vouloir confiner
leurs serfs dans une ignorance fondamentale, si leurs inflexibles séides (Zayd)
mitrailleurs que sont Hamida Ben Sadia, Guy Bedos, Muriel Robin, le Mrap, et
tous les antiracistes au pouvoir culturel depuis une vingtaine d’années,
persistent à répandre un discours concentrationnaire, confondant de
totalitarisme niais et de débilitantes formules rhétoriques ruisselantes de
haine envers la réalité physique, disons-le nous une bonne fois pour toutes :
c’est parce que nous le valons bien. Claudel écrivait dans son Journal en
septembre 1920 que l’on peut mériter aussi l’injustice. Et nous ne méritons que
ça : une injustice pleine et grasse, bedonnante et graveleuse, bien adaptée à
nos infectes gueules pourries d’abrutis complexés. Depuis quelques générations,
nous vivons comme des connards particulaires, formés pour bosser, se marier et
crever, le regard fixé sur le lendemain et jamais sur l’insondable scintillation
du présent pulsatile, pris en sandwich entre le ciel et la terre comme des
asticots subfébriles perdus dans un cadavre de verrat. Ah, nous pouvons être
fiers de nos grand-parents ! Ils nous ont laissé la civilisation la plus maudite
depuis Rome, la plus éloignée de toute véritable métaphysique, la seule qui
empêche définitivement les gens de réfléchir une demi-seconde à la beauté du
cosmos. C’est à cause de la défection de Jean XXIII que nous souffrons
aujourd’hui sous Mouloud Aounit. Et si ce sont des racailles analphabètes
semi-bestiales, interchangeables sous leurs heaumes Adidas repliés sur l’ombre
de leurs yeux éteints, qui sont élus pour raviver la Foi par la grâce du Jihâd
asghar, je m’agenouille et remercie Dieu d’avoir la clémence de choisir des
messagers aussi adaptés à notre condition de kâfirûn. « Ô Prophète fais la
guerre aux incrédules et aux hypocrites et sois rude envers eux ! La Géhenne
sera leur demeure. Quelle détestable fin ! » (Coran, 66.9)
Et
dire que certains se demandent encore pourquoi Marseille n’a pas connu ces
combats de rue ! Ah, l’ignorance des françaouis envers la deuxième ville de leur
pays ne m’étonnera jamais ! Toutes les explications incomplètes sont données,
bien tordues dans le sens social bien sûr : il y aurait plus d’associations de
quartier, les banlieues seraient intégrées à la ville (ce qui est
étymologiquement absurde : une banlieue est forcément autour d’une grande ville,
et je ne crois pas savoir qu’Aix-en-Provence ou Cassis soient incluses dans les
seize arrondissements de Marseille), les arabes (il y a très peu de noirs)
seraient plus cools à cause du beau temps et de la mer,… Il suffit de se
promener deux minutes dans n’importe lequel de ses cent onze quartiers (et pas
seulement les quartiers arabes), pour comprendre immédiatement que l’atmosphère
est beaucoup plus ternaire, basculante, anarchique, solaire, montueuse,
électrique, accidentée, anti-rock, aillée, populacière, virile, déstabilisante,
en un mot méditerranéenne – c’est-à-dire monothéiste – que partout
ailleurs. A Marseille, la mafia cégétiste a détruit beaucoup plus de bus durant
leur grève-fleuve que les djihadistes : vingt-sept en une nuit ! Chapeau bas,
les mecs ! Et ils ont même leurs tués, eux aussi ! On en parle ici, des
chauffeurs tabassés à mort par les moustachus aux gros bras parce qu’ils ne
voulaient pas être grévistes ! Tout ça pour refuser de privatiser leur salaire,
ou demander une augmentation du capital de la RTM, ou diminuer la plus-value de
la quote-part des actions boursières cotées sur l’indice des retraites d’EDF,
que sais-je encore… Ah, ces communistes endurcis mériteraient vraiment de se
faire sabrer par les guerriers d’Allâh ! Un stage à Clichy sous Bois pour ces
combattants sociaux, vite !
Mais les commentaires les plus
affligeants des « événements » sont ceux des droitistes trentenaires, bien sûr…
Ceux qui parlent de la France éternelle, qui rêvent d’un De Gaulle
anti-islamiste qui prendrait les rênes de la République en main ; ceux qui
tiennent tant à conserver leur intégrité et à rester esclaves quoi qu’il arrive,
qui veulent vivre absolument jusqu’à leur dernier soupir dans un monde libéral,
publicitaire, laïque, médiatique, verbeux et démocratique. Dire que la plupart
de ces vaillants néo-conservateurs devaient pogoter dans leurs merdeuses soirées
étudiantes sur Vive le feu des Bérus (« Des gamins rebelles brûlent des
poubelles, ce soir c’est la fête, Les bagnoles crament, la zone est en flammes
et la folie gagne »). Ah, la Démocratie… Le pouvoir du peuple… cette fameuse
entité informe et suprêmement débile, qui ne trouva rien de mieux un certain
jour d’ennui de voter pour Barabbas contre le Christ… C’est fini la démocratie,
ce n’est plus up-to-date, il faut passer à autre chose, on est au
vingt-et-unième siècle les mecs. Grace a bien compris, elle, que la suprématie
du vote était une imbécillité péchant par excès de rationalisme (comme tous les
trucs modernes) : lorsque le peuple vote pour décider de quelle heure il est à
l’horloge du village, c’est que rien ne va plus.
Quoi
qu’on en dise, on revient toujours au fameux antagonisme entre le Capitalisme et
la Révolution. Confondant l’entreprise avec la communauté productrice (malgré
les travaux fondamentaux de François Perroux), on croit souvent que le
capitalisme est éternel, et la révolution un produit typiquement moderne ; alors
que c’est exactement le contraire, bien sûr. Il paraîtrait que le capitalisme ne
peut être dépassé que par une évolution schizosphérique, intrinsèquement opposée
à toute pensée marxiste et/ou gauchisante. Je signale à toutes fins utiles que
si les gauchistes croient aimer l’Islâm, ce dernier les conchie avec une
intensité apocalyptique. Les musulmans ont une vie centrée sur le commerce, la
famille et la religion : comment vous définissez des gens de droite, vous ?
Aujourd’hui comme de tous temps,
la véritable scission est opérante entre le bourgeois (celui qui fait tout pour
durer) et le révolutionnaire (celui qui défait tout pour l’émergence d’une
discontinuité). Toutes les conditions sont là pour établir que l’unique force
révolutionnaire est l’Islâm. Lisez donc Gamal Abdel Nasser de Dominique
de Roux, si vous avez du mal à me croire C’est volontairement que je n’évoque
pas les raisons mystico-bibliques qui étayent cette hypothèse. J’irais même
jusqu’à dire que tout révolutionnaire cohérent est forcément islamique. La
conséquence immédiate de cette indéniable assertion est à chercher en chacun de
vous, au tréfonds vibratoire de votre cœur pourri.
Laurent James |