:// Comment
distiller?
par
Hervé This,
Les secrets de la casserole, 2001
Naguère
les bouilleurs s'installaient aux abords des villages avec
leur carriole et leurs alambics en cuivre, pour distiller le
cidre, le vin et les jus fermentés de divers fruits : poires,
pommes, prunes...
Le
principe de la distillation est simple : comme l'alcool
éthylique bout à 78 degrés et l'eau à 100 degrés, on
sépare l'alcool de l'eau en chauffant le mélange des deux
corps , l'alcool, qui part le premier, est condensé dans un
serpentin, tandis que l'eau reste dans la cuve.
En
pratique, les opérations sont un peu plus complexes, car on
vise la récupération non d'alcool pur, mais d'alcool
aromatisé. Enfin on doit éliminer le méthanol, ou alcool
méthylique, en éliminant les toutes premières fractions
distillées : cet alcool est toxique et, notamment, rend
aveugle (il participe toutefois au bouquet, quand il est en
faible concentration dans certains alcools blancs).
On
doit notamment savoir qu'une eau de vie de qualité ne peut
être obtenue qu'à partir de vins blancs assez acides, de
faible degré alcoolique et de bouquet assez léger, car la
distillation des vins très parfumés donne des .produits trop
chargés.
D'autre
part, il n'est pas anodin que la cuve à distiller soit en
cuivre : les atomes de cuivre fixent les acides gras du vin et
captent également le soufre de l'anhydride sulfureux souvent
présent dans les vins blancs.
Si
la distillation n'était pas interdite, chacun pourrait
facilement la pratiquer chez soi : il suffirait de placer le
mélange à distiller dans une cocotte minute, de brancher un
tuyau sur la soupape de sécurité et de faire couler de l'eau
froide sur le tuyau afin de condenser les vapeurs distillées.
Un ou deux passages successifs, avec élimination des
premières et dernières fractions, qui concentrent divers
produits toxiques, procureraient l'alcool de degré voulu.
Whisky
amélioré ?
Une
fois l'alcool formé, on pourrait ensuite l'améliorer
aromatiquement en le laissant vieillir dans des bouteilles où
l'on aurait placé des baguettes de bois sec (dans l'Est de la
France, on emploie souvent du noisetier). Progressivement la
lignine du bois serait dégradée par les acides de l'eau de
vie en aldéhydes phénols, qui seraient ensuite oxydés en
acides phénols : l'acidité de l'eau de vie serait réduite
tandis qu'apparaîtraient des composés aromatiques, tels les
acides synapique, synringique, vanilique, férulique.
Pourquoi
du bois sec et non du bois vert ? Parce que le bois vert
contient de l'aesculine (amère), qui se transforme
progressivement en aescutine (plus douce) quand le bois
sèche. Mieux encore, la baguette en question peut être
brièvement chauffée à la flamme du feu avant d'être
placée dans les bouteilles : l'opération, effectuée par les
tonneliers, qui chauffent les douelles, fait apparaître
d'autres composés intéressants.
Et
puisque des composés comme la vanilline sont présents dans
les alcools vieillis au contact du bois, pourquoi ne pas
accélérer le vieillissement en ajoutant d'emblée ces
composés à des alcools jeunes ? Je vous recommande ainsi
l'ajout de quelques gouttes d'extrait liquide de vanille dans
du whisky : arrêtez avant que le whisky ne sente la vanille,
vous aurez gagné en rondeur.
Distiller
par le froid
Une
autre méthode de distillation moins connue mais peut-être
encore plus simple que la précédente, consisterait à placer
le mélange à distiller dans un congélateur : en gelant,
l'eau se regrouperait en un bloc de glace, se séparant de
l'alcool et des autres composés, qui resteraient dans la
phase liquide.
Hélas
la loi interdit également cette façon de procéder...
Pourquoi
l'alcool enivre-t-il
Le
composé que l'on désigne communément par alcool et que les
chimistes nomment alcool éthylique, ou éthanol, n'est qu'un
des membres de l'immense classe chimique des alcools. Pur,
c'est un composé incolore et odorant, qui brûle la langue.
Sur
sa formule chimique, CH3CH2OH, on
repère sa fonction alcool au groupe OH, qui remplace un atome
d'hydrogène dans l'éthane (composé de formule CH3CH3).
Pourquoi
ce nom d'alcool ? Parce que le mot arabe al Kohl signifie
«fine poudre» En effet, les Égyptiens se teignaient les
paupières avec un composé inorganique, le sulfure
d'antimoine, qu'ils obtenaient par broyage ; puis le nom fut
donné à l'essence de n'importe quoi, notamment au liquide
obtenu par distillation du vin, quand cette opération fut
inventée par Avicenne au 10ème siècle.
Pourquoi
l'alcool enivre-t-il ? Parce que c'est un stimulant du
cerveau, qui libère le cortex des contrôles inhibiteurs :
voilà pour l'excitation des buveurs, au moins dans les
premiers stades de ce que les hygiénistes nomment
l'«intoxication alcoolique». L'alcool, plus précisément,
agit en interagissant lors de la neurotransmission : les
cellules du cerveau nommées neurones fonctionnent en recevant
des informations d'autres neurones, en calculant la somme des
activations et des inhibitions, et en stimulant des neurones
plus en aval selon la somme calculée. Un neurone active des
neurones plus en aval en libérant des molécules de
«neuromédiateur», qui se fixent sur des molécules
«réceptrices» des neurones d'aval.
Le
neuromédiateur avec lequel l'alcool interagit est l'acide
gamma-aminobutyrique, ou GABA, dont l'action est inhibitrice :
en se fixant sur ses récepteurs, le GABA les déforme et
facilite l'entrée d'ions chlorure dans le neurone, qui
devient moins excitable.
En
revanche, l'alcool, quand il se fixe sur les récepteurs du
GABA, facilite la fixation du neuromédiateur, de sorte que
les neurones en aval sont moins inhibés.
Connaissant
maintenant le détail des dangers que nous font courir les
boissons alcoolisées, restons tempérant...
Hervé This