:// Le
Dividende Universel : une idée
simple
par
Christine Boutin, Député des Yvelines
extrait d'un rapport officiel remis en septembre 2001

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Un nouveau projet de société ?
Ce
nouveau projet de société doit apporter réponse dans le
même temps aux grandes interrogations formulées à tous par
les mutations contemporaines, et en particulier par ces
nouveaux rapports à entretenir avec ces trois réalités
communes que sont le temps, le travail et l’argent.
Alors
qu’ils devraient être des facteurs de «retrouvailles»,
des instruments par excellence du partage des richesses, des
garants de l’accès à tous aux moyens de subsistance et des
outils nécessaires à la relation, ils sont devenus des
facteurs profondément discriminants, et générateurs d’inégalités
telles que notre société ne peut plus les supporter.
De
sorte que le projet à proposer à notre peuple doit certes
donner sens, mais également répondre à ces difficultés
posées par cette inégalité fondamentale, qui n’est plus
seulement une inégalité de ressources, mais une inégalité
de condition. L’inégalité n’est plus seulement dans la
quantité de biens dont on dispose, mais dans la valeur
représentée par le temps, l’argent et le travail dont on
dispose : c’est sur cette différence de valeur qu’il faut
travailler, et c’est cette différence qu’il faut
réduire.
La
crise de la reconnaissance que nous traversons est également
adossée à cette conviction qu’ont bon nombre de nos
contemporains de ne pas avoir de richesse personnelle à
proposer à l’ensemble du corps social, de ne pas avoir de
talent ni de génie à faire valoir.
Ce
caractère est d’autant plus prononcé que la différence
entre ceux qui trouvent l’occasion de valoriser leur talent
et ceux qui ne la trouvent pas est accrue du fait que la
société de l’information dans laquelle nous sommes entrés
est entièrement fondée sur la créativité, l’initiative,
l’innovation. Ce nouveau projet de société doit donc
fournir à chacun de façon égale le moyen d’exprimer ses
talents personnels : cela implique du temps, une plus grande
liberté de moyens économiques, et la valorisation de la
conception du travail telle qu’elle se dessine pour les
temps à venir.
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Le
rapport
intégral sur le site de la documentation française.
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Le
site officiel
de
l'opération et les prochaines conférences
de Christine Boutin.
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Le
Québec aussi s'intéresse à l'allocation universelle. Pour preuve, ce rapport édité par la
CSN.
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Un
revenu inconditionnel, c'est bien, mais un revenu suffisant, c'est
encore mieux. André
Gorz, plaide
pour cette solution et nous invite à Oser
l'Exode de la
société du travail.
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Si
certains libéraux sont favorables à l'instauration de l'allocation
universelle, d'autres considèrent que l'idée est immorale.
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Les
verts n'ont jamais proposé une loi sur la question, mais ils ne
manquent pas de s'y intéresser, comme le prouve ce dossier,
consacré au "droit au revenu".
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Le
site de Jean-Marc
Ferry,
philosophe belge et promoteur de l'allocation universelle.
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Quelle
différence entre RMI, impôt négatif et allocation universelle ? Le
point avec Bertrand
Lemennicier.
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Pour
d'autres sites et articles sur le sujet, allez voir basicincome.be,
revenu.org
ou encore ici.
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Une idée simple : le Dividende Universel
Le
moment me paraît donc propice à proposer aux Français une
nouvelle manière de répartir les richesses, un nouveau pacte
social, de façon à contribuer à vaincre l’isolement par
la valorisation :
.. de tous les temps de la vie,
.. de toutes les formes d’activité,
.. de toutes les situations de vie.
Cette
valorisation doit prendre une forme économique, afin d’en
garantir à la fois l’égalité et la réalité. Le
dividende universel répond à cette nécessité.
Définition
Le
Dividende Universel est un dividende : il est fondé sur cette
observation, faite par de très nombreux économistes, selon
laquelle les revenus salariaux perçus aujourd’hui par ceux
qui travaillent comprennent une part non négligeable due non
pas à leur mérite personnel ni à leur effort, mais à l’accumulation
de moyens matériels et de connaissances procurée par les
générations antérieures. Imagine-t-on tout ce que l’économie
moderne doit à l’électricité, au téléphone, à la
cuisson des aliments, aux moyens de transport, etc. ?
Les
économistes estiment le montant de cette part de salaire en
France à environ 330 Euros par mois. Ils sont donc
actuellement intégrés dans le salaire perçu par les
personnes qui exercent aujourd’hui une activité
professionnelle.
Le
Dividende Universel est la marque économique et financière
de ces droits et devoirs qui nous replacent dans la lignée
historique des générations. Il consacre par ailleurs la
traduction financière et économique de la richesse que
représente tout échange et donc tout être humain, il est
versé parce que l’on existe. Il assure à chacun de trouver
la contrepartie des richesses que sa seule présence contribue
à produire.
Le
Dividende Universel est calculé sur la base de la richesse
produite par un pays (son P.I.B. annuel), il est variable
selon les temps et selon les lieux. Les économistes ont mis
au point des formules permettant d’en calculer le montant,
et d’en estimer la variation en fonction de la variation de
la richesse nationale. Il y a là un facteur d’incitation à
participer à la création des richesses communes : en effet,
la variation du Dividende Universel étant adossée à la
variation du P.I.B., chacun comprend son intérêt direct à
participer à l’effort commun pour faire croître son
montant. Son caractère national le rend évidemment
calculable pour tous les pays, même si l’on voit
immédiatement que son montant n’est pas identique partout.
Le
Dividende Universel marque notre place dans l’ordre des
générations : il marque, par la reconnaissance de notre
dépendance à l’égard des générations antérieures,
notre situation d’héritiers en regard du travail fourni par
nos parents, et donc les droits que cette situation nous
procure.
Et
dans le même temps, il rappelle notre devoir de transmettre
ces moyens et ces connaissances reçus des générations
précédentes aux générations de nos enfants, et notre
obligation à faire fructifier ce capital dont nous ne sommes
que des vecteurs. En ce sens, il marque également notre
responsabilité pour l’avenir, notamment cette obligation
que nous avons de transmettre le patrimoine dont nous sommes
dépositaires dans un état meilleur que celui dans lequel
nous l’avons reçu.
Le
Dividende universel est universel : bien entendu, puisque
personne n’est situé en dehors de la chaîne des
générations, il est universel : tout homme et toute femme
partagent ce droit à hériter pour une part du travail des
ancêtres, et ce devoir de donner aux générations de demain
les moyens de poursuivre l’aventure humaine.
Le
Dividende Universel marque l’existence des devoirs de chacun
envers tous : loin de constituer un droit supplémentaire sans
réciprocité d’engagement, le Dividende Universel est au
contraire un bon moyen de redire à chaque membre de la
communauté humaine que la part d’héritage dont il ou elle
est dépositaire le rend redevable devant les générations
futures : ne serait-ce qu’en raison du fait que le maintien
(au minimum) du niveau de richesses accumulées par le cours
des générations précédentes doit être assuré pour nos
enfants.
L’existence
de ce devoir de transmission « en bon état » de notre
patrimoine et de notre état de prospérité ouvre ainsi le
débat du respect d’un engagement citoyen préalable à la
réception du Dividende Universel. Certains ont imaginé de
donner une année de sa vie (par exemple avant l’entrée
dans la vie active) aux oeuvres humanitaires, ou à une
association d’utilité publique. D’autres ont imaginé une
forme liée à la défense nationale, qui pourrait ressembler
à une année de volontariat de civil ou militaire.
Bref
: le Dividende Universel ne peut être considéré comme un
droit supplémentaire sans contrepartie. Il est l’affirmation
de la solidarité intergénérationnelle, qui nous lie aux
générations antérieures par le fait que nous le recevons,
et aux générations futures par les obligations qui y sont
liées.
Le
Dividende Universel répond au besoin de reconnaissance :
versé à tous de manière inconditionnelle, il est une des
traductions de l’égalité de tous les hommes entre eux, et
permet à chacun d’être à l’abri de la grande pauvreté.
Pour cette raison, il concrétise le sentiment d’appartenance.
Il incite à l’innovation, à la création et au
développement.
Le
Dividende Universel est donc un revenu égal pour tous
calculé sur la base de la richesse nationale, versé sans
condition à tous, de la naissance à la mort, sans condition
de situation personnelle ni d’activité. Il est cumulable
avec tous les revenus activités et est inaliénable.
Quel
peut être l’impact social du Dividende Universel ?
On
peut facilement imaginer ce que peut être une société dans
laquelle chacun dispose d’un revenu garanti, quoi qu’il
arrive, et se trouve libre d’en user comme il l’entend.
Les
salariés qui disposent actuellement d’un salaire supérieur
au montant estimé du Dividende Universel en France pourront
peut-être ne pas voir immédiatement le changement, car le
Dividende Universel est actuellement intégré et non
différencié dans les salaires mais ce dividende assuré les
positionnera dans une « sécurité » qui pourra leur
permettre de créer, d’innover, ou d’être plus acteurs
dans leurs choix entre le temps de travail et de relation. Le
Dividende Universel implique la dissociation entre revenu et
travail. Il reconnaît tous les temps.
Pour
tous ceux qui ne disposent pas de rémunération, les
changements seront conséquents :
.. les jeunes et les étudiants,
.. les familles (avec le versement du Dividende Universel
aux enfants, et aux parents au foyer),
.. les chômeurs en fin de droits et les exclus,
.. etc.
La
mise en place du Dividende Universel telle qu’elle est
imaginée par les économistes n’entraîne aucun perdant :
ni les personnes, ni l’État. Une manière simple d’en
exprimer le principe est de prendre un exemple tiré d’un
jeu de cartes. On peut imaginer de jouer à quatre, à n’importe
quel jeu qui nécessite 32 cartes. Dans l’actuelle
distribution des richesses, chaque joueur reçoit 8 cartes, le
mécanisme de distribution étant laissé au hasard. Le
Dividende Universel ne change pas ni la règle du jeu, ni les
joueurs, ni leur nombre, ni les cartes avec lesquelles on
joue, ni le jeu lui-même. Il vise seulement à modifier le
mode de distribution, et à donner à chacun des quatre
joueurs un As, de sorte que chacun soit certain de faire au
moins une levée.
De
manière plus générale, il semble raisonnable d’attendre
du Dividende Universel au plan social :
.. une plus grande liberté d’utilisation de son temps
personnel,
.. un encouragement au bénévolat, à la créativité, et
à l’innovation sociale,
.. une égalité des chances accrue, notamment au début
de la vie active,
.. un encouragement à l’initiative et à l’innovation
économique,
.. le développement de la flexibilité et l’allégement
des charges sociales,
.. la suppression de la grande pauvreté,
.. son exercice n’est ni stigmatisant ni humiliant.
Le
Dividende Universel n’est pas du domaine de la protection
sociale. Il est un droit civique, et non pas un droit social.
L’idée
d’un revenu inconditionnellement versé
à tous les citoyens
est en fait une idée répandue
Cette
idée d’un revenu inconditionnel est une idée ancienne. On
doit au Conventionnel Thomas Paine la primauté d’un revenu
inconditionnellement versé à tous les citoyens, dont il fit
la proposition dès 1796. Des économistes l’ont reprise à
leur compte régulièrement : Heilbronner Myrdal aux États
Unis, et en Europe le réseau B.I.E.N.[78] (Basic Income
Existence Network). Cette association regroupe environ 400
économistes de tous pays d’Europe.
On
retrouve enfin cette idée dans les travaux du philosophe John
Rawls, auteur d’un traité sur la justice (1970) qui est
devenu une référence mondiale. Le Dividende Universel
respecte les deux principes de justice (égalité de tous dans
l’exercice des libertés fondamentales et différence
acceptée si les inégalités apportent des avantages aux plus
défavorisés).
On
connaît cette idée sous différents noms : allocation
universelle, revenu inconditionnel, revenu d’existence, «
revenu basique » (traduction littérale de l’anglais «
basic income »), revenu garanti, revenu citoyen, sont ses
appellations les plus connues.
L’idée
d’un revenu inconditionnel est présente dans tous les camps
politiques, et l’on y trouve des personnalités qui y sont
favorables comme des personnalités opposées.
A
gauche, ceux qui y sont favorables y voient le moyen de
libérer l’homme de l’astreinte (pour ne pas dire de l’aliénation)
du travail salarié.
A
droite, les anarcho-libéraux de Milton Friedman y voient la
possibilité d’une redistribution directe des richesses,
dont l’État ne serait plus le maître d’œuvre. Cette
idée est par ailleurs d’ores et déjà mise en place dans
certains pays, et fort avancée dans d’autres.
L’État
d’Alaska a mis en place un système de redistribution de la
rente pétrolière à l’ensemble de ses habitants, d’un
montant d’environ 1500 dollars par an. En Irlande, le
Parlement et le Gouvernement ont considéré que la croissance
forte connue par ce pays ces dernières années peut permettre
une redistribution de ce genre. L’instauration d’un «
basic income » est inscrite à l’ordre du jour officiel des
travaux législatifs dans ce pays.
Ce
projet est actuellement en cours d’étude en Afrique du Sud
et au Brésil, comme un moyen efficace de lutte contre la
pauvreté.
Enfin,
il est intéressant de constater que ce projet a fait
récemment l’objet d’un échange entre des membres du
Congrès américain et le Secrétaire d’État Colin Powell.
Un Sénateur interrogeait le Secrétaire d’État sur la
possibilité d’instaurer en Irak, une fois terminé l’embargo
sur le pétrole irakien, une rente pétrolière fondée sur le
même modèle que celui qui est organisé dans l’État de l’Alaska.
Colin Powell a répondu par l’affirmative, envisageant même
d’organiser une consultation populaire en Irak sur cette
perspective.
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Un projet à débattre
Une
réponse globale, destinée à ouvrir de nouvelles
perspectives
Le
Dividende Universel est une réponse globale : en donnant le
moyen de reconnaître et valoriser tous les temps, toutes les
situations personnelles, toutes les formes d’activité, il
ne laisse personne en dehors de la reconnaissance sociale, et
permet à chacun de prendre la liberté d’engagements
personnels plus larges, plus divers, moins contraints. En ce
sens, il est une réponse à tous les besoins qui sourdent
aujourd’hui de la société française.
Par
la philosophie qui le sous-tend – reconnaissance de la
dignité de toute personne et affirmation de l’appartenance
de tous à la communauté – le Dividende Universel répond
à bon nombre des interrogations de nos concitoyens. Sous cet
angle philosophique, il est cohérent avec la tradition de la
France, pays des droits de l’homme, parce qu’il revalorise
le principe d’égalité attaché à toute personne.
Mais,
pour être une réponse globale, il n’en est pas moins une
réponse qui exige des débats pour une prise de conscience
partagée. En effet, compte tenu des avantages attendus et de
ses répercussions sociales, le Dividende Universel doit être
considéré comme corollaire d’un certain nombre de
réformes qui ne seront pas opérées du fait de sa simple
mise en place.
En
ce sens, on peut signaler :
.. l’urgence d’une réforme de la fiscalité, qui ne
serait pas limitée à une révision des taux d’imposition,
mais qui reposerait la question du sens de l’impôt, de son
universalité, de la part relative des impôts directs et
indirects, etc. ;
.. le problème de la réforme de l’État, qui demeure
entier : le Dividende Universel peut parfaitement fonctionner
dans le contexte d’un fonctionnement de l’État comme
celui que nous connaissons. Toutefois, il est certain que la
profusion et le renforcement d’activités associatives et la
libération des initiatives attendues comme conséquence de sa
mise en place réclament à court terme une réforme active de
nos structures institutionnelles publiques ;
.. la nécessité de renforcer le dialogue social, qui sera
évidemment impacté par la mise en place d’un revenu
garanti, et modifiera sans aucun doute les rapports sociaux au
sein de l’entreprise. Beaucoup de choses restent à inventer
dans ce domaine ;
.. l’urgence à valoriser les comportements d’aide et d’assistance
solidaire, ce qui ne peut relever que d’une volonté
politique forte et d’un ensemble de campagnes d’information
visant à inciter à adopter ce genre de comportements.
De
nombreux aspects à débattre avec les Français
A
la lecture d’une ambition comme celle du Dividende
Universel, on voit immédiatement certains problèmes surgir,
beaucoup d’entre eux étant d’ailleurs directement
connectés à de grandes questions non encore pleinement
résolues dans notre pays et qui aideront à définir notre
projet commun. On peut citer quelques exemples :
Faut-il
accorder le Dividende Universel à tous ceux qui habitent en
France, ou faut-il le réserver aux citoyens français ?
Dans
la mesure où le Dividende Universel est directement adossé
à l’accumulation des capitaux humains, matériels et
sociaux réalisée par les générations antérieures, on peut
être naturellement porté à penser que prioritairement ce
revenu doit être versé aux seuls citoyens français,
héritiers par excellence du travail des générations
précédentes.
Dans
le même temps, il est tout aussi clair que de nombreux
étrangers ont pris part à la constitution de ces capitaux.
Dans cette perspective, il est normal de considérer que leurs
descendants sont également éligibles au Dividende Universel.
Peut-être faudrait-il alors adosser ce revenu à plusieurs
conditions (durée de séjour sur le territoire, situation
régulière, etc.) susceptibles d’assurer la justice.
Comment
faut-il traiter le problème du Dividende Universel versé aux
enfants ?
En
se référant au montant calculé pour la France par les
économistes (soit environ 330 Euros par mois), on voit qu’un
enfant arrivé à l’âge de la majorité a reçu au titre du
Dividende Universel une somme de 71 280 Euros (soit environ
467 000 FF) !
Que
faut-il en faire ? Il va de soi que la gestion de cette somme
ne peut être accomplie que de deux manières : elle peut
être versée sur un compte bloqué jusqu’à la majorité de
l’enfant ou laissée à la gestion des parents en
remplacement des allocations familiales. Ces deux solutions
sont sans doute trop radicales. Ne faudrait-il pas trouver un
système intermédiaire, permettant aux parents d’avoir les
moyens financiers suffisants, tout en garantissant à l’enfant
la disposition d’un capital de départ qui permettrait d’envisager
sereinement les grands choix de son existence (acquisition de
logement, d’une voiture, financement des études, etc.) ?
Là encore, des équilibres seront à trouver.
Le
Dividende Universel doit-il être versé aux détenus ?
Puisque
la justification de la mise en place du Dividende Universel
repose sur le seul fait d’appartenir à la communauté
humaine, et que ce revenu doit être versé à tous ses membres
sans condition, on ne voit pas de raison pour laquelle les
détenus seraient exclus de ce dispositif. Par ailleurs, on
sait que le fait de disposer de cette somme mensuellement
permettrait à de nombreux détenus d’acquérir plus
facilement, et sans recourir aux trafics de tous genres, les
moyens de subsistance nécessaires à leur vie quotidienne
(produits de santé et d’hygiène par exemple). On peut
également imaginer qu’une part de ces moyens pourrait être
bloquée, soit pour mieux servir à la réinsertion, soit pour
aider les familles pendant le temps de la détention.
Le
Dividende Universel a-t-il vocation à se substituer à tous
les revenus d’assistance ?
Dans la mesure où le Dividende
Universel est versé sans condition, et où il représente une
part non négligeable d’un revenu par exemple comme le
R.M.I. (pour mémoire, aujourd’hui d’un montant de 416
Euros mensuels), on peut se demander si ce revenu
inconditionnel ne peut pas venir en substitution d’un
certain nombre de revenus d’aide sociale, et exprimer ainsi
une part de la solidarité nationale.
La
cohérence par rapport à la justification même du Dividende
Universel réclame qu’il se substitue aux revenus d’état
ou de situation, et non pas aux revenus d’assurance. Compte
tenu de sa nature, il est normal que le Dividende Universel
remplace le R.M.I., les allocations familiales, l’Allocation
de parent isolé, l’Allocation pour adulte handicapé, et d’autres
dispositifs de ce genre. Dans la quasi-totalité des cas, le
versement du Dividende Universel (300€ dès la naissance
jusqu’à la mort) est beaucoup plus favorable qu’aucune de
ces mesures versée de façon limitative dans le temps et sous
condition (par exemple : l’A.P.I.). L’assurance chômage
et l’assurance maladie, quant à elles, qui sont la
contrepartie des primes d’assurance versées sous forme de
cotisation, doivent sans aucun doute être maintenues.
Pour
d’autres dispositifs, il apparaît que le versement d’un
complément est nécessaire, afin que le pouvoir d’achat des
allocataires soit maintenu, dans le cas où le Dividende
Universel est inférieur au montant de l’allocation perçue.
Il faudra donc débattre sur le moyen de maintenir ce pouvoir
d’achat.
Le
Dividende Universel est-il finançable ?
Les
nombreux économistes qui ont étudié ce projet ont envisagé
plusieurs modalités de
financement :
.. le partage d’une richesse nationale existante et
rapportant immédiatement des
revenus liquides ;
.. la redistribution de l’impôt, avec le préalable de la
diminution des dépenses publiques ;
.. l’accroissement de la fiscalité en prenant en compte l’effet
mécanique d’accroissement des richesses par leur
redistribution ;
.. un système de rente perpétuelle, financée par la
création de monnaie scripturale sous forme de prêts
bancaires, dont l’État serait le garant.
Ces
différentes formes de financement présentent toutes des
avantages et des inconvénients. Celle qui retient pour l’heure
mon attention est la dernière, compatible avec les
engagements européens de la France, attractive pour ses
premiers opérateurs (les banques), et aux incidences
économiques et sociales bénéfiques pour notre pays.
Cependant,
la complexité d’un tel système doit également mériter un
grand débat. Quel que soit le système retenu, on peut
affirmer, en s’appuyant sur les universitaires et experts,
que le financement est non seulement possible mais qu’il
peut redonner un ballon d’oxygène pour relancer la
croissance dont la France a besoin.
Quelques
éléments de méthode
Bien
d’autres aspects de ce projet mériteraient sans doute un
long débat. Et les quelques questions posées ci-dessus
méritent elles-mêmes de longs échanges, une véritable
réflexion en profondeur sur le type de société dans lequel,
ensemble, nous voulons vivre. L’urgence me semble consister
dans notre capacité à faire naître un débat sur un projet
commun, et à solliciter l’opinion publique dans le sens d’un
partage de réflexion sur la France de demain. La création du
Dividende Universel est un projet commun.
L’organisation
de ce débat devra prévoir les phases suivantes :
.. une concertation avec tous les acteurs concernés ( le
secteur bancaire, l’Europe, la Banque centrale européenne,
les associations, les acteurs sociaux, les syndicats et
groupements professionnels, etc.) ;
.. une mutualisation des expériences internationales en
cours, et des études précises sur leurs motifs, leurs
facteurs-clés de succès, et les éventuels points de blocage
;
.. un grand débat avec l’opinion, par tous les moyens
disponibles.
4
/
Conclusion
Le
projet que je propose est une des réponses possibles aux
questions fondamentales que se posent les Français. Le
Dividende Universel témoigne de l’héritage des acquis des
générations précédentes et nous situe dans le temps et l’espace.
Il revalorise la notion de transmission très fragilisée
aujourd’hui. Le sentiment d’appartenance à un corps
social matérialisé de façon concrète par un montant
monétaire égal pour tous devrait renforcer notre cohésion.
Il
ne garantit pas que demain, les Français se préoccuperont
davantage du sort de leur voisin. Ni qu’ils consacreront un
temps particulier à la solidarité active. Mais ceci est la
conséquence des principes de liberté et de responsabilité
auxquels nous sommes tous attachés. Je ne peux croire que le
sentiment de destin partagé, d’appartenance reconnue, de
reconnaissance affirmée ne développe pas notre sens de la
solidarité.
Le
Dividende Universel pose doublement la question de la
responsabilité politique. Les Français sont en attente que
nous nous réappropriions les champs laissés en friche et que
nous assumions notre responsabilité en proposant de nouvelles
règles du jeu.
D’une
part, cette responsabilité repose sur la capacité à donner
une orientation, un sens, tant aux actes collectifs qu’aux
actes personnels, et dans toute la mesure du possible à
permettre que ces deux sortes d’actes coïncident.
Et
d’autre part, cette responsabilité porte également sur la
volonté de promouvoir les comportements qui sont cohérents
avec le projet politique soutenu, et à trouver le moyen d’inciter
à les mettre en oeuvre.
Le
Dividende Universel permet de rassembler des mesures visant à
réformer les structures que nous avons présentées plus haut
et la nouvelle forme d’engagement politique, porteuse non
plus seulement de « produits marketing tout faits », mais de
véritables occasions d’échanges susceptibles de faire
surgir une volonté commune.
Au
terme de cette mission, c’est, je crois, cette double
dimension de la responsabilité politique que les Français
attendent de leurs représentants élus.
L’absence
actuelle de perspectives entraîne un désintérêt pour les
institutions, pour les affaires publiques et la citoyenneté.
La démocratie est aujourd’hui fragile. Il suffit d’une
volonté politique pour proposer ce changement de regard que
donne le Dividende Universel en nous faisant passer du temps
du salariat comme base de notre pacte social à la
reconnaissance de tous, de tous les temps et de toutes les
vies.
Christine
Boutin
->
le
rapport complet, en pdf est ici.
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