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Un chef d’œuvre de stratégie
indirecte
Par
Le Dilettante,
3 décembre 2005
Les
émeutes qui ont secoué la France en octobre et novembre 2005 ont constitué un
chef d’œuvre de stratégie indirecte. Rarement on aura obtenu des résultats
politiques aussi importants avec une main d’œuvre aussi peu qualifiée.
Si les énarques géraient les
entreprises françaises comme les organisateurs des émeutes ont géré le désordre,
la France serait la première puissance économique du monde !
Du
point de vue des inspirateurs de ce mouvement, il est hors de doute que le test
est concluant. L’expérience a été très instructive pour les émeutiers. Ils ont
éprouvé les points faibles du camp adverse et ont pu affiner la définition de
leurs objectifs.
Intifada, voitures incendiées,
comme une évocation des voitures piégées en Irak : France-Inter vous explique
que c’est l’expression d’un malaise social. Vous y croyez, vous ?
Pour
qui connaît les mentalités et les logiques du Proche et du Moyen Orient, il n’y
aucun doute : l’Intifada est une signature, la voiture incendiée, c'est-à-dire
presque piégée, est une référence. La première vise le militaire, l’uniforme,
l’autorité de l’Etat. La seconde harcèle l’habitant, l’homme de la rue, le
voisin. Les terroristes qui agissent en Irak tuent d’autres Irakiens, d’autres
musulmans. Le tort de ces victimes est d’êtres soumis aux lois de la vie –
travailler, gagner de l’argent, vivre et refuser le sacrifice : cela seul suffit
à les désigner comme des cibles potentielles.
De quoi s’agit-il ? Pourquoi cette
combinaison Intifada – voiture « brûlée piégée » ?
C’est une stratégie d’intimidation. L’Intifada sape l’autorité de l’Etat et le
moral de ses troupes, la voiture « brûlée piégée » obnubile les esprits. Il
suffit d’avoir observé les réactions des Parisiens, lorsque le bruit courut que
peut-être « ils » allaient débarquer à Paris : l’intimidation fonctionne, la
peur fonctionne.
Pourtant, croyez-moi, il y avait
peu de chance que les émeutiers « débarquent » à Paris. Les émeutes des
banlieues étaient remarquablement planifiées – voilà ce qui doit inquiéter le
gouvernement, en ce moment… Nous avons en face de nous non pas un mouvement
spontané mais un plan diabolique. Admettez-le : Dans le camp des émeutiers, il y
a des cerveaux remarquables, très imaginatifs, et qui ont su retourner
leurs faiblesses pour en faire des points forts.
La
force de leur plan est que, comme tous les bons plans, il ne réglait pas à
l’avance tous les détails. Les organisateurs se sont bornés à esquisser des
lignes directrices simples, et pour le reste, ils ont laissé une grande liberté
d’improvisation aux participants, jeunes et inexpérimentés.
Quelles étaient les lignes du
plan ? – Délimitation des lieux, mobilité, délimitation des actions,
délimitation des techniques.
La
délimitation des lieux était le facteur le plus important : chacun est resté
dans son quartier – avantage du terrain, avantage crucial. Ainsi, l’émeutier
connaît les voisins et leurs habitudes. Il a ses bases de replis chez des
habitants sympathisants. Il sait les cachettes et les lieux d’embuscades
possibles.
C’est probablement pour cette
raison que les émeutiers de Sarcelles n’ont pas fondu sur Paris, malgré la
portée politique qu’aurait eu cette invasion. La capitale a ses propres
incendiaires, certes, mais fort peu nombreux. A ce stade, Paris est ingérable
pour les planificateurs des émeutes, car la main d’œuvre nécessaire y est trop
rare. Pour agir, il aurait fallu que les stratèges injectent dans Paris des mini
équipes de « pros » très mobiles, afin de faire croire à une généralisation du
mouvement. A ce stade, ce scénario catastrophe a été évité, peut-être parce que
la préparation nécessaire n’a pas été effectuée dans les délais.
Je
pense très sincèrement que les organisateurs de cette affaire n’espéraient pas
la mollesse policière des premiers jours, ni le feu nourri de la gauche contre
les mesures de sécurité. Ils n’avaient envisagé qu’une attaque restreinte aux
banlieues des grandes villes, là où les troupes sont implantées depuis des
années.
Autre hypothèse : l’opération
« Paris » a été jugée politiquement contreproductive. Après tout, en se limitant
aux banlieues, le mouvement a gagné en ambiguïté, il reste dissimulé derrière
les apparences d’une révolte « sociale ». Si en revanche les émeutiers s’étaient
attaqués aux villes, ils auraient perdu le capital sympathie dont les
« déshérités » jouiront toujours auprès d’une certaine gauche.
Il y
a, derrière ces émeutiers géniaux, des équipes de stratèges. Il n’est pas
improbable que des états commanditaires du terrorisme y soient mêlés. La France
soutient peu ou prou le Liban contre la Syrie. La France, partenaire privilégié
du régime des mollahs, est contrainte de transférer le dossier nucléaire iranien
au Conseil de Sécurité. Les deux états en question, Iran et Syrie, ont intérêt à
intimider la France. Même en imaginant, qu’ils n’aient pas été derrière ces
émeutes, on peut aisément comprendre qu’ils chercheront à encourager d’autres
émeutes, car le spectacle donné par les média, la complaisance envers les
émeutiers et la division de l’establishment politique leur ont prouvé
l’efficacité d’une action terroriste de basse intensité – et surtout son coût
exorbitant pour l’Etat français.
Autre sujet d’inquiétude :
l’effort fourni par les forces de l’ordre est important. Les états qui menacent
la France auront d’autant plus de facilité à perpétuer des attentats que la
police sera mobilisée ailleurs. La planification des émeutes des banlieues peut
aller jusque-là, un jour.
Sous
cet angle, on remarquera que ces émeutes ont été une formidable démonstration de
force, de coordination, d’efficacité maximale pour le minimum d’investissement,
et surtout une formidable démonstration de maîtrise.
Les architectes des émeutes voulaient démontrer qu’ils pouvaient occuper
l’espace et le temps - l’espace des banlieues et le temps des fonctionnaires de
police et du renseignement. Et il n’y a pas de « défaut » dans leurs calculs.
Même si les services de police appréhendent quelques meneurs ici ou là, ils ne
peuvent pas pour autant neutraliser la stratégie d’ensemble – une stratégie
subtile, qui peut circonscrire exactement les limites de l’action et transformer
de petits groupes de jeunes en d’insaisissables terroristes. C’est leur aptitude
à rester en deçà des limites fixées qui a fait la force des émeutiers –
délimitation à un territoire, délimitation du temps d’intervention, délimitation
des cibles, délimitation des techniques.
Point important : la stratégie de
harcèlement fonctionne évidemment d’autant mieux que les émeutiers sont
expérimentés, mais elle est facile à comprendre et à appliquer pour des novices,
même très jeunes, sans antécédents judiciaires. C’est une stratégie modulaire,
qui se déploie à plusieurs niveaux de manière très réactive.
La
manipulation des participants joue sur des ressorts divers, et de manière
diverse – il existe aussi un fond social aux émeutes des banlieues, cela va de
soi. La déshérence économique des zones de relégation est une aubaine pour les
organisateurs des émeutes. Ils ont su en jouer avec pragmatisme. Plus l’émeutier
est inconscient, plus il est naïf, et plus total sera son engagement.
L’important, à l’issue de cette
démonstration de force, c’est que le pouvoir de nuisance des organisateurs des
émeutes est avéré. Leur stratégie est imparable. Tant qu’ils en respectent les
fondamentaux, délimitation des lieux, mobilité, délimitation des actions et
délimitation des techniques, tant qu’ils conservent la maîtrise du niveau de
violence déployé, ils sont en situation de dicter leur loi au gouvernement
français.
Et
remarquez au passage qu’il suffira d’une très légère élévation du niveau de
violence pour infliger des dommages irrémédiables à la cohésion du pays. Et
remarquez encore que l’Etat, pris en otage, a cédé au chantage, ce qui pourrait
le condamner à terme à payer un prix encore plus élevé, face à une menace encore
plus forte. Pour rétablir la paix dans les banlieues, le gouvernement a fait
appel aux pompiers pyromanes : associations, experts issus de l’immigration,
« grands frères », CFCM, imams des quartiers. Ces gens interviennent à
différents niveaux pour brouiller les cartes, on peut penser qu’ils vont saper
l’autorité de l’Etat et non pas la renforcer – tout simplement parce que c’est
leur intérêt que l’autorité de l’Etat recule dans les zones placées de facto
sous leur contrôle.
Comprenez bien ceci : les
émeutiers peuvent infliger des dommages bien plus grands en ne consentant que
des investissements supplémentaires marginaux, et cette situation est lourde de
conséquences. Modification des actions : Intifada plus massive, voitures piégées
– sans compter les nouveautés que ces messieurs ne manqueront pas nous sortir.
On
peut craindre le pire. On risque de voir surgir en France les techniques des
mouvements terroristes libanais ou irakiens : enlèvements, prises d’otages.
Cependant, nos ennemis sont pleins de « ressources » et sans en arriver à ces
extrêmes parfois contre-productifs, ils peuvent par exemple recourir à une ruse
très en vogue ces jours-ci en Irak : les attentats contre les mosquées. Il
suffira d’un seul de ces attentats pour embraser toutes les banlieues, et cette
fois, peut-être, Paris même.
Dans ces conditions, il devient
urgent de déclencher une véritable prise de conscience dans la population. Les
libertés publiques doivent être préservées, mais il faut s’attendre à une mise
sous surveillance très serrée des réseaux de communication parallèles
(paraboles, Internet, publications communautaires). Les lieux de culte doivent
être protégés, il convient de ne plus s’enfermer dans les tabous. Les citoyens
ne sont pas des enfants mais des adultes : au lieu de diluer la question dans
une « action sociale » fumeuse, le gouvernement devrait parler vrai, et surtout
éviter le clientélisme politique.
Le
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