:// Du Pire Empire ou L'Empire du Pire
par Charley Supper, 2002

His soul swooned slowly as he heard the snow
falling faintly through the universe

and faintly falling, like the descent
of their last end, upon all the living and the dead.

James Joyce, Dubliners (end of "The Dead")

Son âme s'en allait doucement pendant qu' il entendait
la neige tomber paresseusement de par le monde,

paresseusement tomber comme l'arrivée de l'heure
dernière sur les vivants et les morts.

James Joyce, Dubliners (fin de "Le mort")

Éros : ce qui unit
Thanatos : ce qui sépare

L'Amour et la Mort

A rester dans l'un ou l'autre seul, on reste au stade binaire (quantitatif parce que imaginaire), qui mène à l'impérialisme de la pensée unique, dans le discours. La pensée unique, ou comme le dit Annie LEBRUN "la pensée célibataire", consiste à vouloir appréhender le monde en faisant l'économie de la sexuation. Sexuation qui pourtant ne fait pas référence à la sexualité ni au couple binaire, mais au triolisme.

L'un, l'autre et l'Esprit Saint ou appelez le comme vous voulez, l'Autre pourquoi pas ! Ça devrait leurs plaire et ben non ! Il faut qu'ils nous emmerde avec leur problèmes de sexualité et le sexe des anges !

L'approche de la notion de sexuation montre bien que, quel que soit le biais par lequel on aborde le fait sexué, on ne peut faire l'économie de l'évocation de la mort et plus exactement de la fonction de la mort concernant le mode de reproduction du vivant.

Pour se reproduire, le vivant n'a que deux solutions:

- soit être sexué et mortel  comme les humains qui naissent sexués virtuellement avec une sorte de devoir d'enregistrement de leur sexuation.
Comme pour les naissances !
Un enfant non déclaré est réputer ne pas exister en droit

On appelle ça le passage de la "mort symbolique" dont le rituel s'effectue selon les cultures par le biais du baptême, de la circoncision, de l'excision et de l'infibulation (notions qui, comme par hasard, se trouvent toutes centrées autour de la notion de coupure et de couture).

- soit être non-sexué (1) et immortel, comme l'amibe qui se reproduit par scissiparité en s'étirant, s'étirant, jusqu'à se rompre en deux morceaux (encore la coupure) qui se retrouvent dupliqués, celles d'aujourd'hui étant les mêmes que celles d' il y a mille ans (sauf assèchement du marigot où elles demeurent, bien sur !).

Ce qui est sexué-oui est enregistré mortel, sous l'empire conjugué de l'Éros et du Thanatos.

Parmi les autres, certains nombreux, nous disent souvent ce sentiment qu'ils ont de leur éternité et de leur immortalité..

Ils n'ont pas peur de la mort !
(Ce ne serait pas viril !)

Dans "Le dialogue des carmélites", Georges BERNANOS montre bien le danger qu'il y a à confondre la mort imaginaire et la mort symbolique avec la mort dans la réalité ou la mort réelle.

Lorsque l'Inquisition qui brûle les couvents et viole les nonnes, approche de l'abbaye, la novice avoue sa terreur de la mort à la mère supérieure et celle-ci la tance vertement en lui disant qu'elle est vouée à être l'épouse de Jésus et qu'elle blasphème en disant son effroi. Quand elles sont traînées au bûcher, la jeune novice est sereine, toute imprégnée de Dieu et contemple la mère supérieure à moitié folle prête à tout pour qu'on l'épargne.

Elles ne parlaient pas de la même mort !

Les immortels (je ne parle pas des académiciens, encore que... !(2)) n'ont comme mode d'appréhension (dans les deux sens du terme) du monde que le rapport à l' Éros.

Cela donne des sociétés comme ce que nous avons coutume d'appeler la civilisation occidentale (un de mes maîtres dit "les occidentés") où ce qui sert de réfèrent à l'éducation passe par le crible du modèle hédoniste et pornographique de la publicité, de la télévision et des journaux.

L'Éros est érigé en mode de pensée.

Et pourtant, à y bien penser, cette immortalité, n'est ce pas un autre aspect dissimulé de la mort en creux, en négatif.

L'immortel ne peut pas mourir car il est déjà mort.

Il faut être imprégné de ce défaut de culture ou de ce manque d'érudition à la mode d'aujourd'hui pour ne pas voir dans le culte des morts de l'ancienne Egypte autre chose que la promesse d'un au delà hypothétique. Ils appelaient "mort vivant" ceux qui n'étaient pas passés par l'initiation du Temple.

Pour pouvoir mourir il faut être vivant !

Pour pouvoir mourir dans la réalité, il faut être vivant symboliquement, c'est à dire sexué.

COLÈRE

Le problème d'aujourd'hui est que l'on enseigne les jeunes sur un mode uniquement binaire, c'est à dire l'Eros , ce qui a pour effet de les mettre dans une grande colère car ce mode imaginaire les empêche d'accéder à la sexuation d'où leur juste colère que l'on qualifie violence.

La violence est du côté de ceux qui les trompent sans même s'en rendre compte (ce qui est pire) et les empêchent d'accéder à leur métier d'homme.

Il faut des voix pour dire à ces jeunes qu'au delà de l'ambiance moralisante qui a cours aujourd'hui, nous les soutenons dans leur colère et nous la partageons.

Chronique précédente:  Qu'est-ce qui pue comme ça?...

(1) On comprendra que non sexué est fondamentalement différent d'asexué qui est un autre 
problème lequel n'a rien à voir avec ce qui nous occupe!
(2) Voir Roger Peyrefitte


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