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Tous otages !
par
Charley Supper, 27 juin 2005
Otage :
N.m.. (du
latin populaire obsidaticum). Personne qu'on arrête et qu'on
détient comme une espèce de gage contre un adversaire.
(Petit Larousse)
Qu'est-ce que prendre quelque chose
en gage ?
Le mot gage vient du francique "wadi"
qui désigne un contrat par lequel un créancier reçoit comme
garantie de sa créance, un objet mobilier.
Être "aux gages de quelqu'un" c'est
le servir aveuglément, moyennant argent.
Prendre quelque chose en gage, c'est
donc garder par devers soi une chose qui ne nous appartient
pas ou sur laquelle on n'a pas de droits de propriété
directs, afin d'obliger l'autre à qui elle appartient, à
nous céder en échange quelque chose que nous exigeons de
lui.
Cela existe donc en droit. Ça
s'appelle le droit de rétention.
Quand vous détenez quelque chose qui
appartient à un débiteur, vous pouvez dans certains cas,
prendre une mesure de sauvegarde et retenir légalement ce
qui lui appartient jusqu'à extinction de sa dette.
Ce droit de rétention s'exerce aussi
dans certains cas selon la loi, sur des humains.
Certaines personnes suspectées
de délit, de forfait ou de crime peuvent être
détenues de manière préventive, afin qu'elles ne
s'enfuient pas avant leur procès, et cela malgré que
tout suspect soit présumé innocent en droit français. Ce
sont bizarrement presque toujours des personnes
d'extraction modeste ou d'origine étrangère. Le manque
de répondant ! Les prisons en sont pleines !
Les personnes arrêtées aux
frontières sans papiers et qui se déclarent demandeuses
d'asile, sont retenues dans des centres de rétention où
elles sont privées de leur droit d'aller et venir en
attendant qu'une décision soit prise à leur endroit.
Des Humains chosifiés comme objet de
rétention.
Cela a toujours existé, mais, en
respectant les lois de la guerre. On prenait le plus souvent
en otages des personnes qui avaient une certaine
responsabilité relativement à ce contre quoi on luttait. On
faisait le plus souvent des prisonniers de guerre que l'on
échangeait contre ses propres troupes prisonnières. Parfois
on faisait prisonnier un roi ennemi et l'on exigeait une
rançon pour sa libération.
Plus proche de nous, il y a eu aussi
des fous criminels qui prenaient en otage des enfants
pour se faire remettre de l'argent comme dans l'affaire
Lindbergh.
Il y a eu aussi l'affaire exemplaire
du baron Empain retenu comme otage avant d'être libéré
hébété et définitivement hors circuit.
Ces affaires étaient en général des
crimes de droit commun et parfois également perpétrés par
des "terroristes"...
Il semble donc qu'il y ait en droit
un domaine où la prise d'otage est tolérée et autorisée
comme en cas de guerre déclarée entre ennemis déclarés, et
un domaine où l'Etat ne peut le tolérer ; les cas de droit
commun.
Le terrorisme représente alors une
espèce de No Man's land
entre les deux où l'Etat ne reconnaît pas à celui qu'il
combat et qui le combat dans les faits, le titre d'ennemi de
guerre légalement déclaré. Cela fait barrage au droit des
terroristes de retenir des humains en otage. Cela fait d'eux
des "droits communs" !
Pourtant aujourd'hui ,
habituellement, quotidiennement et en masse,
on prend en otage
des humains.
Des humains qui n'y peuvent rien et
sont à la fois innocents et désarmés, comme des civils ou
des journalistes. Mais il n'y a pas que les journalistes, il
y a aussi au nom des grèves et des manifestations défendant
des intérêts particuliers les usagers du métro de la SNCF
et du RER, ceux qui empruntent les routes
pour se rendre a leur travail...
On oublie trop souvent les autres
aspects de la prise d'otage.
Prendre une population en otage
de la télévision publique qui ne diffuse que des
programmes addictifs révoltants, sirupeux et
avilissants. Programmes qui mettent ceux qui les
regardent sous le joug d'un discours binaire imbécile et
de la désinformation la plus totale (Vous remarquerez
que tous les journaux télévisés commencent leurs salades
en annonçant :"et voici la première des informations de
la soirée". Désinformation, ouais, et comment ! Ça
s'appelle le retour du refoulé !).
Prendre sous le joug, des
employés qui au premier signe de revendication de leurs
droits les plus strictes sont renvoyés, quand ce n'est
pas mis au placard...
Que dire des politiques et des
dictateurs comme Saddam Hussein qui prennent en otage un
pays entier, l'Irak. Pays "libéré" et "sauvé" par des
américains qui prennent à nouveau le même peuple en
otage comme garantie sur le pétrole. Cela sous l'œil
"béni oui oui" des opinions internationales ramollies.
Que dire des prisons
emplies à ras bord de personnes sans répondant, en attente
de jugement, donc présumées innocentes (sic), que l'on prend
en otage pour garantir qu'elles ne s'enfuiront pas, alors
que les plus grands criminels se voient libérés chaque jour
sous les applaudissements de la foule ignare et hypertélévisualisée qui en fait des
héros.
Le pire étant la politique où
des populations entières sont prises en otages de
parodies d'élection qui laissent en place toujours les
mêmes groupes occultes.
Que dire de la drogue vendue par
les états qui copinent avec les maffias. Drogue qui
prend en otage des population entières de jeunes sans
emploi, sans espoir et sans avenir.
Que dire de ces générations entières de personnes prises en otages du
libéralisme,
alors qu'elles sont sans emploi et sans espoir d'en
trouver et auxquelles on reproche de ne pas vivre comme
tout le monde.
La liste est longue…
Tout cela ne dépare pas à une époque
installée dans un
fantasme imaginaire de mort
et où il n'est question que de clonage, de propriété du
fœtus, d'eugénisme et d'euthanasie.
Une époque qui a confondu en
droit
la règle et
l'exception,
en créant la loi sur l'avortement.
Une époque où la suppression de
la peine de mort légale (rare, car prononcée après de
long procès très rigoureux) a été remplacée depuis par
l'assassinat pur et simple de nombreuses personnes, sans
procès et d'une balle dans la nuque généralement. Des
jeunes Maghrébins le plus souvent et l'on appelle ça
"bavure".
Une époque qui laisse des
étrangers complètement démunis vivre sur son territoire
avec interdiction formelle de travailler…
En bref une époque où le respect le
plus essentiel de la vie humaine est bafoué par ceux-là même
dont c'est la fonction de veiller à sa sauvegarde au moins
dans le discours.
Car il n'est pas question ici de la
responsabilité nominative de qui que ce soit. C'est une pure
question de discours dont la responsabilité incombe à tous,
à nous tous (ceux qui restent un peu éveillés, pas les morts
vivants ; eux après plusieurs années comme téléspectateurs,
ils sont abrutis, ils comptent pour du beurre. Quelqu'un qui
regarde "La première compagnie " ne peut évidemment pas
voter !)…
Car c'est bien une question de
discours qui fait problème aujourd'hui.
Au nom du libéralisme à tout va et
du capitalisme sauvage, on a abandonné le discours basé
sur le respect de la vie humaine
dont on a fait l'exception.
La règle
étant le profit à tout prix.
Qu'attendre de mieux d'une époque
qui fait son leitmotiv du mot "forfait", aux sports d'hiver,
pour son abonnement téléphonique, pour son abonnement
Internet, pour sa carte de transport, pour son abonnement de
cinéma, …
Petit Larousse:
Forfait :
n.m. (de forfaire). Crime crapuleux, commettre un forfait.
Forfaiture : n.f. (Féod.).
Crime commis par un fonctionnaire dans
l'exercice de ses fonctions ; trahison.
Prendre quelqu'un en otage, hors le
domaine autorisé par la loi, c'est attenter à sa liberté la
plus essentielle !
Or ce qui est perpétré généralement
partout aujourd'hui, y comprit les prises d'otage, ce ne
sont même plus des forfaits, mais des crimes ; des crimes
contre le respect essentiel de la vie humaine, la liberté
d'aller et venir !
Une question essentielle semble
pourtant avoir été mise de côté. Que veulent-ils, ces
preneurs d'otages ?
Puisque systématiquement on les
appelle terroristes, pourquoi jamais ne voit-on poser nulle
part la question : "mais que veulent-ils ?". Pourquoi la
république si fournie en spécialistes en tout genre
n'a-t-elle envisagé la création d'aucun groupe de réflexion
sur ce sujet ?
C'est vrai, surement, c'est un sujet
où il faut mouiller sa culotte et ce n'est pas leur genre…!
Et en plus il faut pour en traiter,
un minimum d'érudition que bien sur ils n'ont pas !
Au-delà de l'appellation de
"terroristes", on pourrait engager une réflexion sur ce
qu'ils veulent, ce à quoi ils croient, ce à quoi ils
aspirent. Les répertorier sous l'appellation "terroristes"
ne suffit pas. N'oublions jamais que les nazis appelaient
les résistants "terroristes".
À une époque où tant d'humains sont
au chômage et meurent de faim, de soif, de froid et de
maladies horribles alors que d'autres, sans aucuns mérites,
gagnent par mois des sommes astronomiques, on peut se poser
la question de qui est terroriste et
qui
prend l'autre en otage.
Ce qui est inacceptable est
de ne pas voir
l'horreur que représente le fait d'attenter à la liberté et
souvent à la vie d'innocents.
Dans le cas des terroristes
islamistes, ce fait de sacrifier sa propre vie ou
celle d'innocentes victimes semble quand même essayer de
dire quelque chose d'important.
C'est la marque de la haine de soi
et des autres !
La haine de soi et des autres.
La psychanalyse a depuis plus d'un
siècle parfaitement établi la réalité du fait que les
humains les plus dangereux sont répertoriés parmi ceux qui
veulent à n'importe quel prix aider et aimer autrui.
Ce désir d'aimer le "Tout" du monde
est créé, on le sait par la culpabilité d'avoir refoulé aux
tréfonds de soi le désir de destruction totale de l'autre ;
désir qui habite tout humain avant son passage de la mort
symbolique.
Mort symbolique dont la seule
fonction est de procéder à la compatibilité dans
l'inconscient, des notions d'unité et d'unicité.
Le conscient
est le siège du moi et de l'égo, dont on sait
aujourd'hui l'inefficacité pour réaliser son métier
d'homme ; si je suis unique, l'autre est pour moi un
danger de chaque seconde. Si je suis à la fois "un" et
non unique, il y a comme une incompatibilité.
Rappelez-vous que l'inconscient ne prend pas en compte la
contradiction. Oui et non y sont identiques, sans parler
d'homme et femme, origine imaginaire de tous les
racismes.
Il semblerait bien que le monde
entier aujourd'hui, en termes de discours, fonctionne sur
la haine de soi et des autres, héritage inconscient mais
hautement jouissif du "Fuhrer" du siècle dernier.
Ce monde vit hors la Loi des morts
et hors prise en compte de la possibilité de passage de la
mort symbolique dont les plus anciens textes de l'humanité
ont laissé la trace: Culte de Gilgamesh, Mythe de la vieille tortue, Mystères d'Eleusis, Bible, Torah et Coran (dont le baptême et la
circoncision présidaient au passage…).
Désir de se placer hors la
loi des morts.
Ce désir est avant tout désir
d'échapper aux lois de la filiation, comme pour le clonage
et comme les enfants qui toujours dans leur premier âge ont
ce fantasme de s'être mis au monde eux-mêmes (avec le parent
du sexe opposé bien sur, même si ce n'est jamais dit !).
L'autofécondation !
Cela a un autre nom, cela s'appelle
l'inceste !
Au-dessus de la loi des hommes, très
variable dans le temps et l'espace, il y a la Loi de
l'inconscient (certains, un peu obsolètes et retardataires
appellent ça la Loi de Dieu, un barbu habillé d'une jupette
blanche qui vit sur un petit nuage). Bof…!
Loi de l'inconscient, donc, qui
s'impose à tous, plus forte que la loi des hommes. On
pourrait aussi l'appeler Loi des morts. Ce qui a été
DIt par EUX,
les morts…
Voir "Antigone" de Sophocle,
où Antigone transgresse la loi de son clan pour respecter la
Loi des Dieux ou des Anciens selon laquelle son frère comme
tout homme, a droit à une sépulture décente afin de pouvoir
accéder au royaume des morts. En l'enterrant elle y perdra
la vie en le sachant d'avance.
Ce sacrifice n'a rien à voir avec le
suicide et les meurtres des terroristes islamistes qui eux
transgressent même la Loi de Dieu et des morts. Il suffit
pour le constater d'ouvrir le Coran…, (ce n'est pas
dangereux ni contagieux !).
Comment clore cette réflexion sur
l'énorme forfaiture que représente le discours actuellement
en vogue sur cette pauvre planète ? Discours qui, sous
prétexte d'amour (du Tout) prétend asservir chacun et le
prendre en otage du libéralisme à tout prix?
Comment réagir ?
Chacun peut toujours essayer de
réagir localement et à son échelle.
Pour commencer à réagir à notre
échelle, ne serait-ce qu'en termes de discours, soyons
clairs, disons-le, nous ne voulons plus de "forfaits" ;
ouvrons les yeux et demandons à toutes ces firmes qui nous
prennent en otage au nom de la mode du libéralisme et de la
modernité, de nous faire des "crimes" comme abonnement !
Ce sera déjà un premier geste de
lucidité !
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